Les professionnels des circuits électriques savent depuis longtemps que pour assurer le bon fonctionnement de leurs systèmes, il faut maintenir les énergies réactives aussi faibles que possible par rapport aux énergies actives. L’énergie réactive est celle, toutefois indispensable, servant à faire fonctionner le système. L’énergie dite active est celle utilisable à l’extérieur du système. Cette caractéristique des systèmes électriques est applicable à bien d’autres systèmes naturels et humains. La tendance fatale est la croissance de l’énergie réactive au détriment de l’énergie active. Les systèmes idéologiques, les Etats, les administrations, les entreprises, les associations, voire les individus sont exposés à cette menace d’investir une énergie réactive grandissante dans leur propre fonctionnement au détriment de leur apport utile à leur environnement. Il s’agit souvent de mauvaise organisation, de conflits internes ou de décrochage narcisssique de la réalité. Si les pendules ne sont pas remises à l’heure à temps, les crises qui en résultent conduisent au collapse de ces systèmes.

Il est intéressant de noter que le formalisme mathématique servant à rendre compte de ce phénomène d’énergies actives et réactives en électricité se modélise par l’utilisation des nombres complexes. Ceux-ci comportent une partie réelle (1, 2, 3, …) pour désigner l’énergie active et, pour l’énergie réactive, une partie imaginaire utilisant le nombre fictif  (racine carrée de -1), que les bacheliers connaissent bien aujourd’hui. L’énergie réactive dépensée en interne dans un système relèverait en quelque sorte de son imaginaire, de son immatériel.

Un autre exemple de structures fondées sur des nombres réels et imaginaires est donné par les images fractales. Celles-ci sont la représentation dans un espace de nombres réels, en x, et imaginaires, en y, d’algorithmes spécifiques. Les détails de ces algorithmes ne sont pas essentiels dans le propos développé ici. Il convient simplement de souligner que les zones fortement structurées de ces images (en clair sur la figure) correspondent à des valeurs bien limitées du couple (x,y).

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Ce paradigme fractal illustre le fait que les structures n’émergent et ne se maintiennent que dans certaines zones de fonctionnement données où l’imaginaire et le réel sont dans des rapports adéquats. Les phénomènes naturels et humains sont évidemment plus complexes que ces images à deux dimensions, mais il semble que leurs zones de fonctionnement se situent également dans des compositions particulières et pertinentes d’imaginaire et de réel : d’imaginaire tourné vers l’interne et de réel tourné vers l’extérieur. Sans imaginaire ou trop d’imaginaire, sans réel ou trop de réel ou bien encore avec des réels et des imaginaires déconnectés, les systèmes ne peuvent plus se structurer.

C’est ce qui cause la chute des idéologies, des empires et des bulles financières et sans doute aussi des individus.

La crise actuelle du capitalisme est due à la création excessive de valeur fictive, en quelque sorte de fausse monnaie entièrement déconnectée de la réalité de biens réels. D’une manière générale, on peut d’ores et déjà se demander comment explosera l’univers purement virtuel qui se met en place à l’échelle mondiale par le biais d’Internet et de la mondialisation.

La crise environnementale de la Terre a pour cause générique cette énergie essentiellement réactive mise en œuvre par l’espèce humaine pour assurer sa propre survie. La plupart des efforts écologiques en cours depuis quelques décennies restent encore orientés vers cet imaginaire interne de l’humanité. Ne faudrait-il pas que l’espèce humaine s’interroge comment elle pourrait faire profiter la nature de ses talents cognitifs indépendamment de ses intérêts propres ?

Le paradigme fractal semble indiquer que les modes de fonctionnement pertinents sont à rechercher dans l’affinement progressif des modes existants et non dans les excursions brutales et aléatoires vers le réel ou vers l’imaginaire.

PH 15 juillet 2009

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