Il est bien connu que certaines plantes sont toxiques et d’autres comestibles. Certains animaux proddigitaleuisent du venin pour neutraliser leurs proies ou pour dissuader leurs prédateurs. Les déjections et les cadavres sont en général toxiques pour les espèces qui les ont produits, mais ils sont recyclés par des espèces qui s’en nourrissent. Après plusieurs étapes de recyclages, les mêmes atomes et molécules peuvent à nouveau servir de nourriture. La toxicité et la comestibilité sont deux stratégies sélectionnées par la nature qui paradoxalement contribuent à la survie de chaque espèce. Si tous les êtres vivants étaient entièrement comestibles ou entièrement toxiques aucune espèce n’aurait survécu et ne serait même pas développée.  A priori chaque espèce est immunisée contre les poisons qu’elle secrète à condition qu’elle ne consomme pas directement ses propres déchets.

Je formule l’hypothèse qu’un jeu analogue de toxicité et de comestibilité sert à réguler les comportements psychologiques et sociaux des individus. Les processus mentaux qui absorbent des informations et des sensations, qui les traitent en en élaborant des nouvelles, produisent aussi des déchets. Ceux-ci affectent l’hygiène mentale des personnes et des sociétés. Ils s’empoisonnent eux-mêmes et les autres, créant ainsi une économie des nuisances psychologiques. Ces déchets mentaux génèrent des comportements agressifs, hystériques, auto-destructeurs, ou auto-punitifs. Certaines personnes apparaissent réellement toxiques, parfois à leur propre insu, pour leurs environnements familiaux, professionnels et relationnels en général. Parfois elles souffrent elles-mêmes de ne pouvoir évacuer leurs déchets mentaux. Parfois elles espèrent les évacuer en les déversant sur leur entourage. Parfois les agressions sont franches, très souvent elles sont sournoises au nom d’une norme sociale morale ou professionnelle. Se victimiser de façon récurrente est aussi une manière de se soulager du poids de ses déchets mentaux. Les sociétés trop chargées de leurs contradictions insolubles relatives au fossé entre les discours vertueux proclamés, d’ordre moral, religieux ou patriotique, et les réalités quotidiennes plus ou moins sordides finissent par inventer des ennemis et construisent des économies du mépris et de la haine, dont les citoyens ou les employés font les frais.

Le devoir moral de chacun est de gérer ses propres déchets mentaux et de se protéger de ceux des autres. Gérer ses propres déchets mentaux pour éviter d’intoxiquer les autres et soi-même demande avant tout de prendre conscience de ce phénomène. Les codes moraux transmis par les religions ou les codes civils ou traditionnels constituent les bases du bien vivre ensemble. Les pratiques religieuses de prière et de méditation, les exercices physiques, certaines cures psychothérapiques, les relations policées, cordiales, amicales et amoureuses, les environnements paysagers harmonieux contribuent au bien-être intérieur en évacuant les déchets mentaux.

Mais il est parfois très difficile de se protéger des déchets mentaux venant de l’environnement relationnel, familial, professionnel ou sociétal. Certains de ces déchets ont la vie dure, ils traversent les âges et les générations. Des haines, des rancunes, des hontes, des victimisations ancestrales pourrissent la vie des individus et des sociétés. Mais ces tares constituent les fonds de commerces d’autres. Peut-on y échapper ? Certainement pas toujours. Dans les cas extrêmes des guerres, les soldats peuvent se retrouver dans une tranchée avec un pistolet dans le dos à devoir tirer en face sur un adversaire inconnu. Les déchets mentaux génèrent leur propre logique qui broie les individus. Dans la vie professionnelle à la base du gagne-pain, les employés sont souvent obligés de supporter les harcèlements et les névroses de la hiérarchie et du système productiviste. Celles-ci peuvent se combattre par le dialogue, la ruse, la fuite ou l’action manu militari. Malheureusement l’origine des névroses dans l’échelle des commandements est souvent lointaine et inaccessible, à Wall Street ou dans un ministère.

Dans le milieu familial, les facteurs pathogènes sont souvent insidieux. La belle harmonie familiale ne semble exister que dans les contes et légendes et dans l’affichage social. Au cœur des familles se déroulent des luttes de pouvoir, des jalousies, des rancunes parfois inavouées. L’harmonie des couples résiste rarement à l’émoussement du désir sexuel, qui se transforme en rancune. Le désir de mort semble également proche de l’amour passion. De lents processus de déconstruction de l’autre se mettent en place afin qu’il (ou elle) ne puisse plus être désiré(e) par un tiers. Le couple peut se noyer dans ses déchets mentaux. Le divorce peut constituer une solution. Certains partenaires se laissent mourir, d’autres puisent leur force dans la volonté de survivre à l’autre. Les déchets mentaux familiaux ou sociétaux remontent à plusieurs générations. Les violences passées (guerres, esclavage, crimes, suicident, trahisons, abandons), marquent les mentalités consciemment ou inconsciemment sur plusieurs générations.

Question de résilience.

PH / R 11 août 2009

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