worldDe même que les créatures monocellulaires ont fini par se rassembler en êtres pluricellulaires afin d’assurer de meilleures chances de survie et de prolifération, les individus se sont constitués en sociétés. Ce processus d’intégration de nombreux êtres particuliers dans un ensemble plus vaste est fondateur dans l’évolution de la matière inerte et du vivant. A chaque étage d’intégration, le tout est plus que la somme des parties. Les multiples interactions génèrent des entités nouvelles de nature différente des constituants. On parle d’émergence de propriétés nouvelles. Mais les propriétés des parties évoluent aussi en fonction de l’ensemble. Ainsi les cellules d’un organisme remplissent des fonctions spécifiques nécessaires à l’organisme entier, qui réciproquement assure leur pérennité. L’individu prend un rôle au sein de la société qui lui promet protection et subsistance. Les logiques de fonctionnement de la cellule de base et de l’organisme sont différentes, complémentaires et parfois antinomiques. En raison de la multiplicité des cellules de base constituant un organisme vivant ou social, aucune cellule individuelle n’est indispensable à l’organisme. La réciproque est très rarement vraie. Chaque niveau d’organisation de la matière ne prend en compte le fonctionnement des niveaux inférieurs et supérieurs que dans un certain horizon. Pour survivre, l’individu lambda peut ignorer les détails des métabolismes de régulation dans son organisme ou ceux des institutions politiques de son pays. Mais pour la pérennité des organismes et des organisations, il faut bien qu’un certains nombre d’individus s’occupent de biologie ou de politique. Le relatif cloisonnement des logiques de fonctionnement des niveaux d’organisation semble avoir été sélectionné au cours de l’évolution et constitue certainement une nécessité afin d’assurer leur autonomie partielle. Chaque niveau a besoin d’un soi, d’une identité propre pour fonctionner et servir son environnement. Il en est de même pour les langues, les peuples, les cultures, les religions qui se développent par différentiation. Toutes les entités sont confrontées à des contraintes centripèdes et centrifuges antinomiques : exister pour soi, pour ses pairs et les systèmes sur- et sous-ordonnés. Le soi intègre tous les systèmes sur- et sous-ordonnés. Le soi de l’individu est constitué de toutes ses cellules et organes, ainsi que de son patrimoine culturel et affectif. Le soi d’une nation est constitué de ses citoyens, ses institutions, son patrimoine culturel, éthique et affectif. Les systèmes, quel que soit leur niveau d’organisation, ne fonctionnent jamais parfaitement. L’imperfection semble faire partie des nécessités de fonctionnement, d’adaptation et d’évolution. Les conflits et des crises entre les niveaux d’organisation sont permanents avec cependant des formes d’équilibres plus ou moins stables et harmonieux pendant certains laps de temps. Les écarts des normes de comportement et de fonctionnement constituent les vrais moteurs tant qu’ils n’affectent pas la stabilité globale. Une nouvelle humanité émerge des sociétés mondialisées et technologiques. De nouveaux caractères apparaissent par la transmission immédiate et massive des informations, des savoirs et des marchandises, par la croissance exponentielle des populations et de leurs impacts sur la nature à travers la consommation de biens technologiques. Le spectacle de destruction de la nature, de croissance exponentielle des miséreux et de menaces globales qu’elle donne actuellement est préoccupant. De toute évidence ce développement n’est pas durable sans de nouveaux paradigmes. A moins que, comme le disait Friedrich Hölderlin (1770-1843) « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ». Ce qui sauvera reste à inventer.

Er 30 août 2009

Publicités