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Les médias, les gouvernants et l’opinion publique ont trouvé les boucs émissaires de la catastrophe financière qui ébranle le monde : les banquiers, les traders et leurs bonus exorbitants. Après en avoir sacrifiés quelques-uns, d’autres prendront la place des profiteurs et le jeu continuera. Il ne faut pas croire que de simples leçons de morale changeront les comportements. Peut-on vraiment condamner ces gens qui ont la légalité pour eux ? S’il n’y avait pas de caisse obligatoire à la sortie des supermarchés, combien de gens paieraient volontairement ? Ce sont les règles du jeu qui permettent le pillage de l’économie réelle par le biais d’une finance virtuelle. Le monde de la finance a inventé des mécanismes et un langage abscons (calls, puts, caps, floors, swaps, swaptions, etc.) destinés à faire changer de poche la richesse issue du travail par la création d’argent virtuel. De la fausse monnaie en quelque sorte.

Les Etats ont perdu le contrôle sur la fabrication de cette monnaie. Les lobbys, les collusions entre les banquiers, les gouvernants, les entreprises, certains universitaires et experts ont permis la mise en place de mécanismes autoréférents, enrichissants pour une minorité et toxiques pour la majorité. Tout est question de mesure. Une part de finance virtuelle est nécessaire à l’économie réelle. Par l’intermédiaire du crédit et de la bourse, les entreprises répondent aux besoins immédiats d’argent qu’elles vont raisonnablement gagner à l’avenir. Par ailleurs, une part d’enrichissement personnel est nécessaire pour motiver le développement. Mais le bon sens populaire sait depuis toujours que trop c’est trop. La spirale du virtuel a forcément des limites.

Le paramètre de contrôle à mettre en place par les Etats est le rapport de la masse financière virtuelle, celle des spéculations du capital, sur la masse de la richesse réelle, celle du travail et des biens. Les bénéfices de la spéculation sur le capital ne devraient jamais dépasser la croissance réelle. Il faut des règles adaptées. Il ne faut pas compter sur la morale pour réguler la finance. Les insatiables sont uniformément répartis dans toutes les couches des sociétés. Le problème n’est pas seulement moral, il s’agit de la survie de la société humaine. La prédation financière, soucieuse du court terme, détruit les acquis de la civilisation et constitue une menace pour la protection de la nature. Il est vrai qu’elle n’est pas la première barbarie dans l’histoire, mais aujourd’hui elle revêt une redoutable efficacité à l’échelle mondiale.

Er 1er septembre 2009

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