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La place et le type du paranormal est symptomatique de chaque époque et de chaque société. Il a toujours ses croyants, ses pourfendeurs et ses agnostiques. Il comporte un large spectre de croyances et de pratiques : voyance, astrologie, télépathie, spiritisme, magnétisme, radiesthésie, paramédical, divinations diverses, chamanisme, etc. Chacun de ces domaines comporte ses spécialistes, ses gurus, ses commerçants, ses tricheurs et ses amateurs.

Banni par la science académique, il fonde des chapelles et constitue un imaginaire structurant de sociétés entières. Au début du 20ème siècle, plusieurs grands noms de la science académique, Pierre Curie, Paul Langevin, Jean Perrin, par exemple, se sont intéressés au spiritisme et ont tiré profit de ses réseaux mondains. En France actuellement, la voyance avec ses 15 millions de consultations annuelles, dégagerait un chiffre d’affaire de 3 milliards d’euros, selon Wikipédia. Bien des journaux offrent l’horoscope chaque jour. 80% des Français disent avoir vécu des expériences de télépathie. Les faits divers, les émissions de télévision et films traitant de ces sujets connaissent un grand succès populaire, comme Uri Geller ou Poltergeist. Le nombre de gens dans le monde qui prient les dieux pour obtenir quelque chose se comptent en milliards. Certaines universités, slaves ou anglo-saxonnes notamment, étudient très sérieusement les phénomènes paranormaux. Les sociologues, les psychologues, les psychiatres y puisent d’intéressants sujets de recherche.

La violence et le mépris avec lesquels certains tenants de la science académique combattent le paranormal sont suspects. Veulent-ils protéger la société contre les charlatans ou plus simplement dorer leur propre blason ? Les deux sans doute. Mais inversement, il n’est pas exclu que certains maîtres du paranormal tirent avantage à se faire passer pour martyrs auprès de leurs disciples.

La voie scientifique pour prouver le bien fondé du paranormal semble sans issue. Pour qu’une expérience soit reconnue scientifiquement il faut qu’elle soit reproductible indépendamment de l’opérateur, du temps et du lieu. Or ce n’est jamais le cas dans les expériences paranormales. Au demeurant, ce n’est pas toujours le cas dans les expériences de la science académique. Bien des médicaments officiels ne sont bénéfiques que statistiquement et le mode de fonctionnement des placebos échappe aussi aux protocoles scientifiques. Les sciences météorologiques, humaines, sociales, économiques ou politiques ne sont pas de vraies sciences stricto sensu, avec un déterminisme fort comme les mathématiques ou la technologie. Les liens de causalités ne sont rigoureux que pour peu de phénomènes.

Les croyances religieuses ne relèvent évidemment pas de la science et pourtant elles structurent toutes les sociétés. Si les religions se montrent prudentes avec les phénomènes paranormaux c’est que ceux-ci constituent une sérieuse concurrence. En même temps elles offrent des garde-fous face aux dérives, de la sorcellerie notamment.

Bien des processus vitaux des êtres vivants fonctionnent selon des rationalités encore mystérieuses capables d’agir sur la matière. Les métabolismes, les systèmes cognitifs, la morphogénèse agissent à différents niveaux d’organisation, de temps et de taille. Leurs modes de fonctionnement sont liés au déterminisme, au hasard et apparemment aussi à des formes variées d’« intelligence ». Ainsi il n’est pas exclu que des rationalités spécifiques s’appuyant sur des objets, des organismes globaux, des groupes sociaux, des écosystèmes puissent faire émerger des phénomènes singuliers et paranormaux. La médiumnité, la voyance, la capacité de guérir pourraient relever  de formes de conscience spécifiques réparties entre les organismes et leurs environnements.

Un modèle est toujours un objet abstrait qui fonctionne à peu près comme l’entité qu’il représente. Les phénomènes paranormaux ne sont pas réductibles aux modèles de la raison scientifique, d’où leur manifestation éphémère. Ils sont peut-être des constructions de ces consciences réparties qui agissent de temps en temps sur notre réalité matérielle.

Il faudrait réinventer les protocoles de validation des phénomènes paranormaux.

Er 13 septembte 2009

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