venus botticelli

Toutes les cultures, les religions, les idéologies sont construites sur ou autour de mythologies. Ce sont des récits vraiment vrais, enjolivés, poétisés, enrichis, censurés ou simplement inventés de toutes pièces qui se transmettent d’âge en âge et de lieu en lieu. Leur statut dans l’esprit des gens va de l’incroyance absolue, comme le Petit Chaperon Rouge aux dogmes comme l’Histoire officielle de chaque nation ou les textes sacrés des religions.

Chaque type de narration a son propre style qui contribue à son statut de vérité comme le mode incantatoire et merveilleux pour les textes religieux ou politiques. Le name dropping, c’est-à-dire faire référence à des personnages, à des modes de pensées ou à des vérités établies ainsi que le discours sur le discours sont des techniques de validation des histoires voire des théories des sciences dures ou molles. Le style, la forme et le médium construisent et légitiment les narrations d’histoires.

Les dogmes servant en général à fonder des identités nationales ou religieuses, sont sujets à caution selon qu’on appartient ou non à une identité donnée. Les mythologies des autres peuvent faire l’objet d’un rejet violent, dans le but d’asseoir sa propre croyance, comme l’illustrent les chasses aux sorcières, aux païens ou aux dissidents politiques. La remise en question de la mythologie officielle à l’intérieur d’un groupe est considérée comme traîtrise, comme hérésie voire comme blasphème et profanation punissables de mort selon les circonstances.

Le storytelling, expression américaine pour narration d’histoires, représente la forme moderne, mâtinée de rationalisme, d’avatars de mythologies anciennes. La narration des histoires a sa propre narration.

La narration d’histoires est omniprésente dans la vie quotidienne des individus, des familles, du monde du travail, des actualités, de la publicité, de la politique ou de la mondialisation. La guerre ou la paix ainsi que le développement économique émergent de narrations d’histoires. Les humains interagissent essentiellement par narrations d’histoires.

La vérité des histoires n’est pas essentielle à leur survie dans le temps et l’espace. Leur polysémie semble jouer un rôle plus important dans cette survie. Beaucoup de mythologies ont bénéficié des traductions multiples qui en ont enrichi la polysémie en passant d’une langue à l’autre. La polysémie d’une histoire lui confère la force de transformer l’Histoire. Mais fondamentalement on ignore pourquoi certaines histoires fonctionnent et d’autres pas. Elles sont soumises des processus darwiniens de mutations-sélections.

Christian Salmon a commis un ouvrage en 2007 sur le Storytelling comme « arme de distraction massive » d’une communication cynique au service des politiques et des marchés mondialisés modernes. Les idéologies qui ne se contenteraient que d’incantations ou de litanies auraient peu de chance de survie.

La narration d’histoires a aussi été mise au service de certaines psychothérapies ou du management d’entreprises, comme chez http://kairos.com. Les anciennes mythologies, notamment grecques comme celles d’Oedipe ou d’Héphaïstos, sont porteuses de vérités éternelles ou du moins constituent des portes d’entrées dans les dédales (c’est le cas de le dire) de l’âme humaine. Bruno Bettelheim (1903-1990) pour sa part a fait paraître en 1976 Psychanalyse des contes.

Même les scicences pures et dures utilisent à l’envi la narration d’histoires comme les théories du big bang ou de l’évolution.

Fabulations, rumeurs, mensonges, demi-vérités ou vérités, les mythologies et les narrations d’histoires échappent en général à une possible vérification par ceux qui sont censés (et sensés) y croire. Elles signifient la confiance et l’allégeance à ceux qui les professent.

La narration d’histoires cadre relativement bien dans la théorie de l’intelligence répartie à différentes échelles de la matière que je professe par ailleurs. Les systèmes cognitifs émergent des interactions multiples entre des éléments d’un ou plusieurs systèmes. Un élément cognitif, mémoire ou concept, n’existe jamais isolé, il est toujours inclus dans une relation et dans une trajectoire, donc dans une forme de narration. Un mot d’un dictionnaire est défini par tous les autres et il sert à raconter des histoires. Une histoire racontée est incluse dans d’autres histoires. La mémoire dans le cerveau fonctionne par associations mutuelles. Une idée en engendre une autre. Ainsi les mémoires individuelles et collectives ne peuvent fonctionner que si elles s’inscrivent dans la dynamique d’histoires racontées.

Er 4 10 2009


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