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Le langage trahit-il la pensée ?

Le langage au sens large constitue la faculté de communication ; au sens restreint, celle d’expression de la pensée. La pensée s’élabore à l’intérieur de l’être humain, elle est constituée d’idées et de réflexions. Trahir revêt au moins deux sens : être déloyal ou révéler ce qu’on voudrait cacher. Les différents sens possibles de cette question indiquent en soi les ambiguïtés du langage.

Quatre problématiques apparaissent :

– Les rapports du langage et de la pensée ; le langage apprauvrit-il ou déforme-t-il la pensée ?

– Les rapports du langage conscient et de la pensée inconsciente : le langage révèle-t-il une pensée cachée ?

– La nature même du langage : le langage est-il par essence équivoque, voire trompeur ?

– Les utilisations du langage : le langage permet-il des abus volontairement ?

Types de langages

Il existe différents types de langages : parlé, écrit, artistique, mathématique. Ils s’expriment selon différents modes : narratifs, métaphoriques, poétiques, humoristiques, religieux, incantatoires, axiomatiques. Les moyens de diffusion sont la parole, l’imprimé, le cinéma, internet. Le support crée le langage. Le média constitue parfois une grande partie du message, comme dans le cas de la publicité ou la politique. Les objets de la vie courante sont éléments de langage, selon Jean Baudrillard dans Le système des objets publié en 1968.

Le langage créateur

Le langage dit et crée la réalité. Le langage et la pensée coévoluent. L’homo sapiens sapiens sait qu’il sait. Son langage et sa pensée sont capables de se dire eux-mêmes par des métalangages, donc de s’auto-générer.

« Il y a interaction entre langage et pensée. Un langage organisé agit sur l’organisation de la pensée, et une pensée organisée agit sur l’organisation du langage. » (Ahmad Amin)

Les langages permettent l’émergence de pensées collectives. Ils relient et divisent les humains.

« Le langage structure tout de la relation inter-humaine. » (Jacques Lacan)

Les langages se comportent comme des espèces vivantes. Ils évoluent dans le temps, dans l’espace et selon les groupes sociaux.

« Babel est un accomplissement de la véritable destinée des hommes. La dispersion est plutôt une bénédiction, dans le sens où aller aux antipodes, essaimer est la vocation humaine même. » (Claude Hagège).

L’extinction actuelle des langues minoritaires constitue une menace pour l’humanité, au même titre que la perte de la biodiversité animale et végétale.

Les langages spécifiques

– Le rêve est un langage.

L’inconscient est structuré comme un langage, selon Jacques Lacan.

– La violence est souvent l’expression de l’impossibilité de communiquer par les mots.

– Les statistiques expriment en chiffres des réalités complexes qui ne sont pas nécessairement quantifiables. Elles révèlent par contre et mettent en perspective des réalités non immédiatement perceptibles.

L’hypo- et l’hypercorrection du langage représentent les styles et les manières de s’exprimer de groupes sociaux qui leur permettent de se distinguer les uns des autres. Elles constituent les habits et déguisements linguistiques des individus et des groupes.

– Le politiquement correct est un style de langage, en cours notamment dans les institutions, utilisant des périphrases euphémisantes et bien-pensantes. Par réaction, il a engendré le politiquement incorrect dans les discours populistes.

Les limites du langage

« Nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent : la pensée demeure incommensurable avec le langage. » (Henri Bergson)

« La richesse du réel déborde chaque langage, chaque structure logique, chaque éclairage conceptuel.» (Ilya Prigogine)

Le langage est trompeur

« Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. » (George Orwell)

« La philosophie est une lutte contre la manière dont le langage ensorcelle notre intelligence.» (Ludwig Wittgenstein)

Les jargons spécifiques, fédérateurs et créateurs dans un premier temps, enferment les scientifiques, les religieux, les idéologues, les entreprises, tout comme les sauvageons des banlieues.

Le charabia constitue le stade ultime de dégénerescence de ces jargons en causant, dans certains cas, des dégâts humains.

Chaque concept est entouré pour chaque individu d’un halo de connotations différentes qui en déterminent le sens. La perception d’un message n’est pas nécessairement la même entre l’émetteur et le récepteur. Il en résulte parfois des conflits.

« Le vrai et le faux sont des attributs du langage, non des choses. Et là où il n’y a pas de langage, il n’y a ni vérité, ni fausseté. » (Thomas Hobbes)

« Le meilleur de nos convictions ne peut se traduire par des paroles. Le langage n’est pas apte à tout. » (Johann Wolfgang von Goethe)

Conclusion

« Nous avons un devoir moral de parler avec rigueur. Nous sommes responsables de notre parole. » (Catherine Delaunay)

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