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Confession d’un cardinal est le titre d’un ouvrage décapant d’Olivier Le Gendre paru en 2008. Il s’agit des mémoires, ou plutôt d’une vision avec recul, d’un haut gradé de l’Eglise catholique sur cette institution où il a déroulé sa vie et sa carrière. Le langage du livre est clair.

Ce cardinal reste anonyme. S’agit-il d’une prudence vis à vis de l’institution ou bien un coup monté par l’éditeur à la manière des magazines qui proposent régulièrement des révélations sulfureuses sur le Vatican ? Il s’agit plus probablement d’une technique de communication du Vatican. Il est peu vraisemblable que les pairs du cardinal ne l’aient pas identifié. Ce cardinal à la retraite dit ce que l’Eglise ne peut pas dire officiellement. Dans toutes les institutions (religion, politique, administration, entreprises) le discours officiel est imposé à ses dirigeants par les traditions, les actionnaires et les clients au sens large. Dans ce cas de l’Eglise catholique, les dirigeants n’apparaissent ici pas tous aussi obtus que les déclarations officielles sur des sujets comme la sexualité le laissent penser. Le cardinal dit en termes choisis, érudits et argumentés ce que pense un certain nombre de catholiques qui ont pris leur distance par rapport à l’Eglise, ses fastes, ses compromissions, ses démons autoritaires et surtout ses décalages par rapport aux réalités du monde.

Il est terriblement émouvant lorsqu’il relate sa mission au Rwanda où les Hutus et les Tutsis fréquentant les mêmes églises ont commis un génocide d’un million de personnes en quelques semaines ; alors que les nazis, également issus d’un pays chrétien, ont mis quelques années pour causer un génocide de six millions de victimes. « On est en droit de se demander si des génocides survenant en terre chrétienne ne sont pas le signe que cette religion a échoué dans sa mission », remarque-t-il. Il est terriblement émouvant lorsqu’il évoque la ville thaïlandaise où sa retraite l’a conduit au service des plus miséreux. Là, suite à la mondialisation de l’économie locale, 25 pour cent de la population vit de la prostitution des femmes et des enfants, ou bien meurt du sida.

Il parle peu des autres religions confrontées aux mêmes soucis de survie dans le maelström de l’histoire mondiale contemporaine, comme si, malgré ses affirmations, le problème soit uniquement celui de la pérennité du catholicisme romain. Ces autres religions n’ont pas à porter le poids d’une histoire et d’une institution vaticane dont la mécanique institutionnelle avait longtemps fait la force.

L’Eglise catholique a joué un rôle essentiel pour l’élévation de l’Occident au rang d’une civilisation brillante. Le message de l’évangile porte de manière plus ou moins subliminale les notions de liberté de pensée, de justice, de séparation des pouvoirs temporels et spirituels, de défiance par rapport aux pouvoirs établis. Même si elle l’a combattue, parfois durement, elle a rendu possible une culture d’où ont émergé Galilée, Voltaire, les Lumières, Marx. Jésus a été crucifié pour hérésie par une institution aux mains de zélateurs, pas très différente des institutions chrétiennes qui ont par la suite poursuivi leurs propres hérétiques.

Le monde moderne se sert de moins en moins des religions comme instrument de pouvoir temporel. Les fondamentalistes islamistes et les républicains américains sont, espérons-le, les derniers à instrumentaliser massivement les religions au service de complexes militaro-pétro-industriels. L’alliance du sabre et du goupillon est appelée à disparaître.

La logique de l’économie marchande et financière qui s’est abattue sur le monde conduit l’humanité et l’écosystème de la planète dans un mur. Il n’est pas possible que dix milliards d’humains acquièrent le même genre de vie que la classe moyenne en occident. Ce genre de vie, avec les règles du jeu actuel, n’est possible que parce des gens travaillent en dessous du seuil de pauvreté et grâce au comportement prédateur vis-à-vis de la nature. Cette règle du jeu semble irréversible et diabolique. Le monde peut-il y échapper ? Les religions peuvent-elles contribuer à l’émergence d’autres paradigmes ?

Les luttes d’influence des religions sont dérisoires. « Nos critères de réussite relèvent d’une arithmétique secondaire dérisoire », reconnaît le cardinal.

Les grandes religions et philosophies, judaïsme, christianisme, islamisme, bouddhisme et même animisme ou athéisme, ne pourraient-elles pas élaborer des corpus idéologiques minimum communs pour favoriser la survie de l’humanité et de la planète ? L’amour et la compassion ne sont-ils pas professés par toutes ? Qui fera le ménage dans les écuries des idéologies pour dire ce qu’impliquent cet amour et cette compassion pour l’homme et la nature dans la réalité concrète ?

Donc, pas question d’évangélisation, mais plutôt une simple présence de la tendresse de Dieu, sans bruit, sans apparat, à la manière d’une « brise légère », comme lorsque Dieu se présente à Élie (1Roi 19,9-13a). Pensée de cardinal retraité au chevet de son ami Poo, bouddhiste mourant du sida dans un dispensaire thaïlandais.

Er 04 11 2009

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