En cette année célébrant Charles Darwin (1809-1882) on ne compte plus les colloques et manifestations autour de ce naturaliste anglais dont les travaux et les théories sur l’évolution des espèces vivantes ont profondément révolutionné la biologie. Nombreux sont les scientifiques et philosophes qui ont proposé au cours des deux derniers siècles des modèles explicatif de l’évolution. Les structuralistes, les fonctionnalistes, les créationnistes, les tenants du dessein intelligent polémiquent à l’envi, parfois pour des raisons assez éloignées de la démarche scientifique. Le portail « Origine et évolution du vivant » de Wikipédia ouvre sur le vaste territoire des réflexions des uns et des autres. Il faudrait consacrer une vie pour acquérir une vue d’ensemble complète sur ce domaine qui va de la taxinomie des espèces à la nanobiologie. C’est donc avec modestie que je m’aventure dans ce territoire en espérant ne pas me faire trop mépriser ni massacrer par les possesseurs des vérités qui m’échappent encore.

On peut se demander dans quelle mesure les mécanismes de l’évolution des technologies ou organisations humaines ne pourraient pas renseigner sur ceux du vivant. Même si le vivant et les œuvres humaines ont évolué sur des substrats, dans des échelles de temps et d’espace différents, ils pourraient tout de même relever de principes analogues.

La technologie

La technologie et l’homme ont co-évolué. Les pierres taillées n’avaient pas seulement la fonction de découper la viande ; leur symétrie indique aussi un souci d’esthétique. La maîtrise du feu a fait évoluer la socialisation, la santé et donc la culture des groupes. Il en est de même pour l’imprimerie, la machine à vapeur, l’électricité et aujourd’hui les technologies de l’information. Un objet technologique (un grill-pain, une voiture, un ordinateur) existe à titre individuel mais ne peut se développer, exister et survivre que grâce à ses constituants élémentaires et à son contexte macroscopique qui sont imbriqués à la manière des poupées russes. Chaque niveau d’organisation relève de logiques propres. Pour l’ordinateur, ces niveaux vont des propriétés quantiques des semi-conducteurs jusqu’au système marchand des appareils et aux nouveaux flux mondiaux d’informations. Tous ces niveaux sont tributaires les uns des autres. Il existe souvent différents modes de fonctionnement possibles à chaque niveau, mais en général l’évolution a sélectionné les plus économes en énergie. Les technologies induisent les fonctionnements géopolitiques, comme dans le cas évident de l’automobile et du pétrole.

Le vivant

Le vivant, comme la technologie, est évidemment soumis aux lois de la nature. Ces lois de la nature comportent des champs de fonctionnements possibles. N’importe quelle structuration d’éléments n’est pas capable de se développer, de fonctionner et de survivre dans n’importe quel environnement. Chaque niveau d’organisation doit trouver son champ du possible.

La conscience

La technologie et les organisations sont des objets créés par un sujet. Selon la Science, le vivant serait un objet qui serait son propre sujet créateur. Faut-il nécessairement un tiers pour qu’un processus fonctionne ? Un moteur ne peut tourner seul que pendant un certain temps. Il a été crée par un acteur extérieur. Le système économique mondial a acquis une certaine autonomie, mais il ne saurait se passer des humains. Il est difficilement concevable que le vivant soit une mécanique biochimique très complexe mais uniquement autoréférente. Il doit bien servir à quelque chose ou à quelqu’un dans l’univers. Faire émerger la conscienc, peut-être. Mais alors la conscience a dû accompagner l’évolution du vivant depuis 4 milliards d’années sans attendre que celle de l’homme apparaisse. On pourrait conjecturer que des formes de conscience éventuellement différentes dans leurs expressions, dans leurs substrats et dans leurs mécanismes existent à différentes échelles de temps, d’espace et d’organisation de la matière. A cet égard, on constate que des formes différentes de conscience, de réprésentation du réel et d’action sur celui-ci existent ausi au niveau de l’humain : raison, sentiments, arts, technologie, etc. Un problème peut souvent se résoudre par différentes méthodes et moyens, plus ou moins élégants ou fastidieux, il est vrai.

Alors pourquoi n’existerait-il pas d’autres formes possibles de conscience ailleurs dans la création ? L’exploration et la découverte du champ des possibles peuvent s’effectuer par le hasard pour des processus simples. Mais la complexité de la plupart des processus technologiques et vivants, qui pour fonctionner doivent prendre en compte simultanément plusieurs niveaux d’organisation intriqués, semble exclure le hasard pur. Il faut faire intervenir une forme de conscience capable de modéliser et d’anticiper les phénomènes dans un espace abstrait. La beauté, c’est-à-dire une composante complémentaire à la rationalité pure, semble également présente dans tous les processus de création de la nature. Tout comme la conscience émerge de myriades d’interactions entre neurones, certaines formes de consciences pourraient émerger des interactions des milliards de particules élémentaires au niveau microscopique, des milliards d’individus des millions d’espèces végétales et animales, des milliards de molécules d’eau du système climatique ou des milliards d’étoiles dans l’univers.

Il est en effet singulier de constater que la vie est possible sur Terre, entre autres, grâce à des propriétés singulières de l’atome de carbone ou de la molécule d’eau, tout comme du champ magnétique terrestre qui protège l’atmosphère terrestre des vents solaires.

A toutes les échelles de tailles, de temps et d’organisations, la vie suit sans doute de multiples desseins intelligents. Mais il est inopportun de se proclamer détenteur de leur vérité.

Er 24 11 2009

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