Depuis la nuit des temps, le rêve a fait l’objet de nombreuses interprétations et études. Les rêves des « bons » prophètes ont servi à légitimer des dogmes religieux, alors que ceux des « faux » prophètes ont été combattus. Les psychanalystes, tels que Jung ou Freud, y ont vu des accès à l’âme humaine. Les neurobiologistes ont identifié les différentes phases du sommeil, notamment le sommeil paradoxal qui est un moment d’intense activité onirique. Cette phase s’accompagne de mouvements occulairesdont la fonction reste inconnue. Le mécanisme des rêves humains est similaire à celui de certains animaux. Chacun de nous fait quotidiennement l’expérience du rêve.

L’article sur les rêves de Wikipédia brosse un tour d’horizon de la question. Je voudrais ici livrer quelques réflexions issues des expériences et des hypothèses personnelles sur le fonctionnement des systèmes cognitifs. Ces hypothèses sont les suivantes :

–          Dans l’organisme, des systèmes cognitifs fonctionnent à différentes échelles de taille, d’organisation et de temps. Leurs propriétés singulières émergent des myriades d’interactions de constituants élémentaires.

–          Le cerveau comporte des modes de fonctionnements conscients et inconscients. Certains systèmes cognitifs, tels que métaboliques ou immunitaires, échappent à la conscience.

–          La trifonctionnalité, constituée de raison, d’empathie et d’incarnation, serait à la base du fonctionnement de tous les systèmes cognitifs.

–          La mémorisation des informations dans le cerveau, et probablement dans les autres systèmes cognitifs, s’effectue de manière holistique. Toutes les informations sont réparties et interconnectées de manière trifonctionnelle : rationnellement, empathiquement et physiquement. Ainsi chaque événement survit dans la mémoire parce qu’il est entouré d’un halo d’autres événements auquel il est relié par des logiques, des empathies (ou antipathies) et des connexions neuronales. Les transmetteurs physico-chimiques servent à véhiculer les informations d’empathie sous forme de métaphores d’une mémoire à l’autre ainsi qu’entre les différents systèmes cognitifs.

Le rêve semble correspondre à une opération de « ménage » et de mise en forme de la mémoire où les différents événements s’ordonnent les uns par rapport aux autres selon cette trifonctionnalité. Morphée, la déesse du sommeil, a donné le radical morpho qui veut dire forme.Une partie des rêves atteint la couche consciente du cerveau.  Ce travail d’ordonnancement des souvenirs échappe largement à la conscience. Les autres systèmes cognitifs de l’organisme dorment et rêvent aussi. Lors du repos, non seulement ils récupèrent de l’énergie et traitent les déchets des métabolismes, mais ils réarrangent les informations de leur système cognitif spécifique.

Le rêve échappe à la maîtrise par la conscience et souvent par la raison. Il a ses propres logiques : une image en appelle une autre selon d’étranges lois d’attraction, souvent semi-aléatoires. Comme des mouvements denuages dans le ciel. Les mouvements oculaires pendant les rêves accompagnent les grands flux d’informations dans le cerveau. Le cerveau serait-il le siège de mouvements pendant le rêve ?

La thématique du rêve peut être initiée par des stimulations physiologiques ou des drogues : rêve érotique par les hormones, rêve terrorisants par du « froid dans le dos ».

Il existe des moments transitoires lors de l’endormissement où l’on peut encore prendre conscience de cette perte progressive de maîtrise par la conscience. Après un cauchemar,cette maîtrise de la pensée par la conscience par ailleurs ne revient que progressivement au réveil.

Le sommeil est une incubation, qui éthymologiquement veut dire dormir dans le temple. Ce phénomène de repos cyclique est omniprésent dans la nature : sommeil des animaux, nuit, hiver, graines, œufs, cycles de l’eau dans la nature. Les phases de sommeil sont indispensables à la morphogenèse des logiques, des empathies et des formes matérielles à tous les niveaux d’organisation du cosmos.

Dans les cycles de l’eau, celle-ci « dort » de différentes façons : les nappes souterraines, les neiges éternelles, les mares, les océans. Si l’on accepte l’idée de la mémoire de l’eau, il se pourrait que l’eau « rêve ». Le Gulf stream ne serait-il pas un « dream », un rêve ?

Enfin, le monde dans son ensemble avec ses bonheurs, ses malheurs, ses hasards, ses nécessités et ses absurdités ne fonctionne-t-il pas comme un vaste rêve ?

La poésie, la méditation et la prière sont comme des rêves éveillés. Comme eux, elles inventent des arrangements inédits de mots et d’idées.

Er 20 01 2010

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