1er mai 2010

Il est intéressant de constater que le concept de transcendance n’est pas traité de la même manière par les Wikipédia des différentes langues européennes. (Voir transcendance, transcendence, trascendenza ou transzendenz). A travers le présent texte, je voudrais avancer ma réflexion personnelle sur ce sujet.

La transcendance existe-t-elle simplement comme outil de réflexion ou bien correspond-elle à une réalité qui nous dépasse et qui se situe au-delà de nos représentations ?

Transcender veut dire étymologiquement aller au-delà.

En abordant le sujet sous l’angle de la trifonctionnalité matière, raison, coeur, on pourrait dire que la raison transcende la matière et que le cœur transcende à son tour la raison. De plus, chacune de ces fonctions est auto-transcendante.

La matière se déploie de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Ses différentes formes d’organisation constituent des empilements de transcendances qui émergent des processus de complexification. Depuis les particules élémentaires jusqu’aux amas d’étoiles en passant par le vivant et les organisations cognitives, la matière de l’univers s’est en quelque sorte transcendée d’étage en étage de complexification.

Il en est de même de la raison qui a accompagné cette complexification. Depuis les quatre forces fondamentales (nucléaire, électromagnétique, gravitationnelle, faible) qui régissent les interactions de la matière jusqu’aux processus cognitifs humains, la raison a co-évolué avec la complexification de la matière.

La raison a connu différents sauts qualitatifs en passant des molécules aux végétaux, aux animaux puis aux humains. Le déterminisme s’est progressivement accompagné d’une certaine part de réflexivité et d’auto-génération. L’homme sait penser qu’il pense. Le langage humain transcende les choses et à travers cette transcendance il permet de les transformer. A travers le langage, les choses et les humains ne sont plus simplement ce qu’ils sont, mais ils appartiennent et se construisent dans des ensembles qui les englobent et qui les dépassent.

La dimension cœur, c’est-à-dire d’empathie, la capacité de penser et d’éprouver ce que l’autre pense et éprouve est probablement apparue dans l’évolution des animaux en même temps que celle de la réflexivité. Elle existe à l’état faiblement développé chez certains animaux et constitue un pas décisif vers l’hominisation. Elle est aussi un avantage sélectif, car sans elle, l’homme, aurait déjà anéanti sa propre espèce à cause de ses techniques et de ses outils issus de son intelligence « supérieure ».

Cette dimension cœur est transcendée par la spiritualité. Celle-ci consiste à rechercher, parfois à percevoir pour ceux qui sont visités par la Grâce, un sens, un amour de nature divine, c’est-à-dire absolue et indépassable. Le paradoxe est probablement que cet absolu infini ne peut se rencontrer que dans la finitude de nos langages, qui veulent signifier la rencontre avec l’autre, avec la création et avec soi-même.

Ainsi, la transcendance ou du moins des processus visant toujours un au-delà sont consubstantiels à la Création dans toutes ses dimensions matérielles, cognitives et empathiques.

Publicités