Les religions et d’autres coutumes sociales proposent des rituels corporels soumettant les  personnes à des postures et mouvements associés à des activités mentales :  simple marche, sports, yoga, méditation, cérémonie religieuse, parades militaires, prière, danse, chant, expression artistique, érotisme, traitement thérapeutique, tatouage. Ces activités s’exercent individuellement et/ou collectivement. Les rituels sont codifiés et souvent se déroulent sous l’autorité d’un maître détenteur du savoir correspondant. Ces savoirs spécifiques à chaque pratique s’adossent à des traditions, à des connaissances empiriques ou bien simplement affirmées avec autorité.  Ils constituent des signes d’allégence à une doctrine, à un maître ou à une communauté. Ils relèvent de considérations esthétiques, de croyances ou de sciences  plus ou moins avérées. Ils échappent le plus souvent à la preuve scientifique qui repose sur la reproductibilité des phénomènes et leur indépendance de l’observateur, du lieu et du temps.

Chacun des rituels évoqués se prévaut d’un corpus de savoirs spécifiques, souvent vastes et suffisamment complexifiés pour en rendre la réfutation difficile et justifier l’autorité de leurs maîtres.

Ces rituels somatiques reposent sur la trifonctionnalité de la matière, de la raison et de l’empathie. Les mouvements du corps, utilisant parfois des instruments, les incarnent dans le monde matériel. Les procédures enseignées par les maîtres constituent l’architecture rationnelle. Le sujet les pratique en raison de ses croyances et les empathies associées et les plaisirs qu’il en tire.

Les rituels sont souvent présentés comme des gestes sacrés. Il s’agit de métaphores d’approches de la transcendance, normalement impossibles par le simple langage. Leur caractère trifonctionnel constitue la base du langage de communication avec des systèmes cognitifs à l’œuvre en nous et hors de nous, mais coupés de notre conscience immédiate. Nous ne pouvons pas parler directement à notre système immunitaire ou à l’écosystème terrestre.

Le rituel est ce triple langage du corps en mouvement, de la rationalité de la conscience et de l’empathie de l’âme. Il fait communiquer entre eux ces trois mondes qui cohabitent en chacun de nous. Le rituel nous met en rapport avec l’invisible en nous et hors de nous.

Ce langage du rituel recherche l’harmonie entre ses trois composantes. Les liturgies religieuses ou les postures des yogis tendent à l’esthétique et à l’harmonie entre les gestes, les sons, les décors et les états mentaux. J’ai déjà évoqué dans d’autres articles l’existence de ces systèmes cognitifs au sein même de notre organisme (système immunitaire, par exemple) ou dans le reste de l’univers (la biosphère dans son ensemble, par exemple) fonctionnant à des échelles d’organisation, de temps et d’espace différentes de celle de notre conscience immédiate. Ces systèmes communiquent entre eux selon des langages et des logiques qui échappent à notre conscience. Une métaphore ou un rituel ne sont que des éléments de langage pertinents dans un contexte culturel et social donné. Ce langage de la métaphore de communication avec le sacré, n’est pas le sacré.

Le langage de ces métaphores qui permet de communiquer avec  ce qui échappe à notre conscience immédiate comporte des vocabulaires et des syntaxes multiples et diverses. Ne connaissant pas toutes les pratiques, je me garderai d’en établir l’inventaire. Cependant certaines  caractéristiques semblent communes à bien des rituels.

Les rythmes associés aux rites somatiques vont de la haute fréquence aux fréquences annuelles : sons des chants religieux, gong, rythme des tam-tams et des danses, respiration du yoga, mouvements du qi gong, cérémonies religieuses, gestes liturgiques, prières quotidiennes, fêtes annuelles, marche du pèlerin, l’immobilité du Tao. Ces rythmes sont imbriqués.

Les postures du corps sont normalisées et ritualisées : immobilité, danses, prières, cultes, méditation, sorcellerie.

Les évocations et représentations mentales sont incarnées dans des objets ou des lieux : moulins à prières, croix, ostensoir, reliques, amulettes, statues, rosaces, mandalas, vitraux, temples, lieux sacrés. Bien des médicaments ont des fonctions de placebo dont l’efficacité semble bien réelle tout en échappant à la preuve scientifique.

Les évocations mentales au cours de ces exercices ont en général des fonctions pacificatrices et visent à éloigner les mauvaises pensées : calme, sérénité, beauté, amour, Dieu le Père, le vide, la transcendance, la soumission, l’ordre, la pureté.

La soumission à une autorité religieuse, médicale, professionnelle, politique caractérise de nombreux rituels. Le  sur-moi a une fonction d’harmonisation.

Le langage est ritualisé à travers ses métaphores, ses styles, ses mots-clés, ses  stéréotypes, ses sujets de prédilections, mais aussi par ce dont il ne parle pas ou rarement. Les rites culturels relèvent souvent du  psittacisme, c’est-à-dire la répétition comme des perroquets ce qui est proféré par une autorité ou de la manière de parler de celle-ci.

La parole incantatoire des rites religieux ou politiques peut conduire à des états modifiés de la conscience et même du corps, par exemple s’exprimant par des transes.

Le rite corporel est universel, sa diversité également. Il est intimement lié à l’aventure de la vie et même de la matière inerte. Il permet d’entrer en contact avec l’altérité, l’autre comme personne ainsi que l’autre réalité. Il a l’avantage aussi de permettre le retour à soi-même et à la réalité ici et maintenant.

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