« Le visage de Dieu »  est le dernier ouvrage d’Igor et de Grichka Bogdanov, qu’une amie enthousiasmée m’a offert. Elle n’est pas scientifique et elle en a été très impressionnée, contrairement aux critiques parues dans certaines revues scientifiques. Je ne prendrais pas partie car je perçois dans les postures des uns et des autres des motivations assez personnelles. Les interrogations sur l’origine et le sens de l’univers sont, comme dans beaucoup de domaines, trop sérieuses pour les laisser aux seules mains des professionnels.  Bien sûr la vérité scientifique ne peut pas se décider par un vote démocratique.

Wikipédia, dans son portail « astronomie » donne un bon aperçu au simple citoyen des problématiques de la cosmologie, de l’origine et du fonctionnement de l’univers

Les observations des astrophysiciens sont fournies par des instruments de mesures tels que les télescopes terrestres ou embarqués à bord de satellites artificiels. Ces télescopes permettent de collecter des informations en balayant un très larges spectre électromagnétique allant des ondes radio au domaine visible jusqu’aux rayonnements gammas. L’analyse spectrale des images recueillies permet de déterminer une partie de la composition chimique ainsi que la vitesse relative par rapport à la terre des objets célestes. L’analyse des variations de  luminosités d’astres a révélé l’existence de planètes hors du système solaire. Ces informations sont complétées par l’analyse des météorites tombées sur terre et des échantillons rocheux récoltés lors des missions lunaires. Le rayonnement cosmique qui bombarde en permanence la terre constitue également une empreinte du fonctionnement de l’univers. Toutes ces informations, associées à l’observation des mouvements des astres conduisent à échafauder des hypothèse sur les lois de l’univers. Les astrophysiciens disposent en outre d’un appareil mathématique théorique et de simulations informatiques, s’appuyant sur des lois allant de Newton à Einstein,  qui permettent de rendre compte d’une partie des observations, en particulier des mouvements des astres.

Le modèle standard du big bang a aujourd’hui supplanté de multiples autres hypothèses. C’est lui qui interprète le mieux les phénomènes observés. En résumé, l’univers s’est créé à partir du vide lors de l’explosion initiale d’une « particule » infiniment dense et chaude il y a quelque quatorze milliards d’années.  Avant cet événement ni le temps ni l’espace ni la matière n’existaient. Depuis lors les différents composants et structures de la matière se sont formés progressivement et l’univers est en expansion à des vitesses vertigineuses. L’expansion de l’univers est attestée par le décalage vers les basses fréquences des spectres d’ondes électromagnétiques. C’est le phénomène Doppler analogue au  son plus grave du klaxon d’une voiture qui s’éloigne que celui d’une voiture qui s’approche. Les satellites COBE et actuellement Planck, analysent le fond cosmologique, c’est-à-dire le rayonnement  qui provient du fin fond de l’univers. Il correspond à une température de quelque moins 271 ° C, donc très proche du zéro absolu. Il serait le reste des milliards de degrés de l’explosion initiale de création de l’univers. L’univers se refroidit en prenant du volume, comme le gaz s’échappant d’une bouteille sous pression. A petite échelle d’observation, la répartition des températures dans le fond cosmologique est presque uniforme à quelques centièmes de degrés près. Les taches de fluctuations locales sont peut-être des structures fractales  qui laisseront voir de nouvelles fluctuations lorsqu’on augmentera la résolution des appareils de mesure.

Les astrophysiciens stipulent également l’existence de matière et d’énergie « noires », inobservées directement mais nécessaires à l’explication de phénomènes de déplacements de galaxies différents de ceux prévus par leur modèle basé sur la loi d’attraction des corps de Newton. La matière noire pourrait constituer 90 % de la masse de l’univers.

Les interrogations des astrophysiciens touchent la métaphysique :  « Qu’y avait-il avant le big bang ? » «  Une chose peut-elle sortir du néant ? » « Quel est le sens de cette aventure de l’univers ? »  et bien évidemment :  « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » Le débat porte également sur le principe anthropique, qui suppose que l’univers a tout fait pour que l’homme apparaisse. La matière inerte aussi bien que vivante a réussi à se structurer au cours des âges grâce à un réglage extrêmement fin des constantes physiques fondamentales liées aux forces en jeu. Les propriétés émergentes des corps chimiques vont également dans ce sens. Si les rapport d’intensité des forces  agissant au cœur de la matière étaient différentes vers la centième décimale, la matière  aurait été entrainée soit vers une dilution totale soit vers l’écrasement complet sur elle-même, donc pas d’atomes, ni de molécules ni de planètes. Les propriétés  singulières de l’atome de carbone ou des molécules d’eau permettent la chimie organique et donc de la vie. La machine climatique terrestre régule la température et la pression de sorte que cette chimie du vivant soit pérenne depuis trois milliards d’années. Ces réglages très fins et multiples  seraient impossibles si le hasard seul y pourvoyait. Les explications fournies par différents courants de pensées laissent sur notre faim. Il y a ceux qui pensent que c’est l’œuvre de Dieu. C’est possible encore faut-il se demander de quel Dieu il s’agit.  Probablement pas celui qui sert à justifier les conflits religieux ou les pouvoirs temporels.  Il y a ceux qui pensent : « c’est comme ça, il n’y a rien à comprendre». Il y a ceux qui supposent qu’une infinité d’univers ont essayé d’exister avec des réglages différents et que le nôtre est de ceux qui ont trouvé les bonnes combinaisons.

Il est possible que la science académique ait atteint les limites de ses capacités de modélisation. Il faut lui reconnaître le mérite d’avoir fait avancer la connaissance de notre place dans l’univers  de manière plus objective que les mythologies.  Loin de répondre à toutes les questions elles ont ouvert de nouveaux horizons d’interrogations. La science ne sert probablement pas à répondre aux questions, mais  à les rendre plus pertinentes.

Je proposerais volontiers quelques pistes de réflexions et de questionnements.

–          Les observations de l’univers sont fondées sur des instruments technologiques, essentiellement d’analyse de signaux électromagnétiques. Il existe peut-être d’autres types de signaux  inconnus et pour lesquels il n’existe pas encore d’instruments de mesure.

–          L’expansion de l’univers et le fond cosmologique à basse température ne pourraient–ils pas aussi être expliqués par des apparitions permanentes de particules en tout point de l’univers ?

–          Comment se fait-il que les modèles mathématiques « fonctionnent comme » l’univers ? Au demeurant, en est-on vraiment sûr ?

–          A toutes les étapes de l’évolution de la matière, des particules élémentaires aux astres et au vivant, de nouvelles logiques de fonctionnement ont émergé. Nos rationalités scientifiques ne peuvent rendre compte que partiellement de ces logiques très différentes les unes des autres.

–          Le phénomène de la conscience n’est pas le monopole de l’humain, ni peut-être celui du vivant. La conscience semble être un phénomène émergeant de la multiplicité des interactions et échanges d’informations entre des objets. Chaque atome de la matière dite inerte sur terre et dans le cosmos est mis en rapport avec tous les autres par des flux incessants de rayonnements. Ces rayonnements, pour la plupart électromagnétiques, se déplacent à la vitesse de la lumière, c’est-à-dire, selon la théorie de la relativité, qu’ils n’ont pas de masse et  ni le temps ni l’espace n’existent pour eux. Objets immatériels, ils entrent dans notre monde comportant du temps et de l’espace et ils interagissent avec la matière. L’univers est peut-être un immense système cognitif. Ce système cognitif est peut-être responsable de ces réglages infiniment fins et improbables de l’univers.

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