L’univers a-t-il attendu quinze milliards d’années pour introduire la rationalité via la conscience humaine ? Probablement pas. Il existe un grand nombre de formes de rationalités à de multiples échelles de temps, de tailles et de complexité de la matière dans cet univers. Ces rationalités accompagnent la matière dans son évolution. Elles possèdent chacune en propre des modes de fonctionnements, des substrats d’où elles émergent et des domaines sur lesquels elles agissent. Ces rationalités peuvent être des lois physico-chimiques, des mécanismes physiologiques ou encore des institutions humaines, des modèles de pensée, des objets virtuels. A l’échelle humaine, elles structurent des objets technologiques et des organisations sociales.

Dans un domaine donné, la rationalité, sa représentation mentale et son inscription dans la réalité matérielle constituent une trifonctionnalité inséparable. Les trois fonctions ne se recouvrent jamais entièrement. La réalité matérielle d’un objet n’est jamais rigoureusement descriptible par un modèle, c’est-à-dire par sa représentation mentale. Sa rationalité profonde est toujours plus vaste que sa fonctionnalité immédiate ou que sa modélisation. Même les objets technologiques ne fonctionnent jamais exactement tels qu’ils ont été conçus. Ils tombent en panne, leurs fonctions peuvent être détournées de leur but premier, ils peuvent donner lieu à l’émergence de phénomènes inattendus, comme, par exemple, l’imprimerie ou l’électronique. Ces caractères d’incomplétude mutuelle des trois fonctions s’observent aussi bien pour les objets technologiques ou les institutions sociales que pour les organismes vivants ou la matière dite inerte.

Un même substrat peut faire émerger différentes rationalités. Ainsi le cerveau humain est capable de traiter à la fois des rationalités scientifiques, logiques, sentimentales, artistiques, celles des métabolismes ou des pulsions physiologiques. L’identité d’une personne est la résultante unique de ses composantes rationnelles. La mise en commun des cerveaux humains à travers l’espace et le l’histoire permet de construire (ou de détruire) l’alchimie des civilisations.

La vision trifonctionnelle peut s’appliquer aux métaphores liées aux sept chakras déjà évoqués : la matière minérale, le cycle du vivant, les régulations du vivant, l’empathie, la diffusion de l’information, la représentation mentale, la transcendance. Ces métaphores ne s’appliquent pas seulement au corps humain, mais à l’ensemble de l’univers, de l’infiniment petit à l’infiniment grand.

Il se pourrait que les expériences mystiques , les états de conscience modifiée ou les phénomènes paranormaux constituent des formes de dialogue entre des rationalités multiples, normalement cloisonnées entre elles.

Les rationalités multiples et diverses interagissent de proche en proche, en coévoluant et parfois en s’opposant. Il en est ainsi pour les intérêts et collectifs dans une société. Souvent l’intérêt à cours terme de l’individu est contraire à l’intérêt collectif et à son intérêt à long terme, comme par exemple de ne pas payer d’impôts. Beaucoup de rationalités sont cloisonnées les unes par rapport aux autres : la science et la religion, notre conscience et nos fonctions physiologiques, notre conscience et la représentation globale du monde. La multiplicité des langues et la difficulté de compréhension mutuelle constitue probablement un avantage pour l’évolutions de chaque culture. Le cloisonnement des rationalités et l’incomplétudes des représentations mentales participent à la structuration de la matière et du vivant depuis l’origine des temps.

On peut se demander s’il existe une rationalité ultime qui les englobe toutes, un Dieu en quelque sorte. Au moment du Big bang, dont on admet que l’univers est issu, existait une rationalité unique qui s’est multipliée à l’instar des forces fondamentales régissant la matière, qui se sont divisées en forces de gravitation, nucléaires, faibles et électromagnétiques. En même temps que la matière s’est structurée, des rationalités diverses se sont élaborées ainsi que des systèmes cognitifs pour les représenter dans des espaces mentaux virtuels.

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