Les hasards des lectures d’été provoquent des rencontres de thèmes qui n’attendaient peut-être que cela. Ainsi la revue « Pour la science » de septembre 2011 consacre un article de Vltko Vedral, physicien, professeur aux universités d’Oxford et de Singapour, à « Vivre dans un monde quantique ». Il développe l’idée que la théorie quantique ne s’applique pas seulement au monde microscopique des atomes, mais aussi à grande échelle, aux oiseaux, aux plantes voire aux humains. Les deux aspects troublants de la mécanique quantique sont d’une part la superposition des états d’une particule et d’autre part la non-localisation. La superposition des états exprime qu’une particule, tant qu’elle n’a pas été observée, peut se trouver dans deux états simultanément, par exemple en deux endroits à la fois ou avec une forte ou une faible énergie. L’observateur joue le rôle de révélateur. Le principe de non-localisation dit que deux particules peuvent être « intriquées », c’est-à-dire que même à grande distance, la révélation de l’état de l’une entraine le même état de l’autre. C’est comme si le lancer de deux dés donnait toujours simultanément le même résultat pour les deux.

Le second livre lu « Les pouvoirs inexpliqués des animaux » a été écrit par Rupert Sheldrake, chercheur en sciences noétiques (qui concernent la pensée) en Californie. Selon lui, de multiples comportements étranges d’animaux, domestiques notamment, s’expliqueraient par la télépathie. Ses analyses reposent sur des centaines de témoignages en tenant compte de leurs multiples biais expérimentaux possibles. Il semble avoir une approche scientifique et honnête, autant que faire se peut, de ces phénomènes. De nombreux cas sont rapportés où des animaux savent anticiper les intentions de leur maître, même à distance et sans synchronisation apparente. Ils savent aussi retrouver leur domicile sur de grandes distances, prévoir des catastrophes, la mort, les crises, ressentir la détresse à distance, etc. La synchronicité d’événements, les comportements collectifs de colonies d’animaux et d’humains pourraient également relever de tels phénomènes. Il rapporte les incroyables expériences de René Peoc’h avec le tychoscope (voir Wikipédia). Il s’agit d’un robot dont les mouvements erratiques sont influencés par de jeunes poussins imprégnés par l’image de ce robot lors de l’éclosion de l’œuf. Le robot serait attiré par ces poussins. L’auteur explique tous ces phénomènes par l’existence de champs morphiques et de résonances entre les êtres. Ces champs sont des champs morphogénétiques au niveau des cellules et participent à la morphogenèse de l’embryon en plaçant les bonnes cellules aux bons endroits. Il avoue ne pas connaître le mode de transmission à distance des informations au sein de ces champs.

Carl Gustav Jung (1875-1961), le psychologue et psychiatre suisse a développé la réflexion autour du concept de synchronicité (voir Wikipédia). La synchronicité s’observe dans trois cas : les coïncidences signifiantes entre événements, les phénomènes télépathiques et la précognition. Les éléments caractérisant ces phénomènes sont : l’acausalité (les causes et les effets peuvent ne pas se suivre logiquement), l’atemporalité (le temps semble absent), la subjectivité (le phénomène est lié à l’observateur), les archétypes (les thèmes relèvent de la profondeur des êtres et de l’humanité). La synchronicité établit des liens, parfois symboliques, entre des faits matériels.

Le physicien autrichien Wolfgang Ernst Pauli (1900-1958), est un des fondateurs de la mécanique quantique, prix Nobel de physique en 1945. Il a régulièrement rencontré C.G. Jung. Pour lui et pour Jung, les découvertes scientifiques sont parfois dues à des synchronicités.

Certains physiciens (Reeves, Costa de Beauregard, Schrödinger, d’Espagnat, Pauli, Einstein, Podolsky, Rosen, par exemple) pointent les paradoxes qui pourraient relever de ce phénomène de synchronicité. Voici quelques phénomènes notés :

–          La désintégration des atomes par la radioactivité : a priori, il n’y a pas d’échange d’informations entre les atomes d’un corps radioactif, et pourtant ils se désintègrent selon un ordre temporel allant de la micro seconde aux milliards d’années, traduit par une loi mathématique exponentielle décroissante.

–          Dans le paradoxe Einstein-Podolsky-Rosen (EPR) deux particules se comportent de manière coordonnée entre elles alors que la grande distance les séparant empêcherait l’échange de signaux à la vitesse de la lumière, qui est considérée comme la vitesse maximale possible. Le paradoxe EPR a déjà fait couler beaucoup d’encre et alimenté de nombreux congrès internationaux.

–          Le photon qui nous arrive du fond de l’univers en prenant des milliards d’années dans notre référentiel, met un temps nul dans son référentiel à lui. En effet il voyage à la vitesse de la lumière et, selon la théorie de la relativité, le temps est nul pour lui. Il se trouve en permanence sur l’ensemble de sa trajectoire.

–          Le pendule de Foucault oscille dans un plan toujours fixe par rapport à une direction initiale de l’univers. Dans notre repère, ce plan d’oscillation semble se déplacer en fonction de la rotation de la terre, du déplacement de celle-ci autour du soleil, du déplacement du système solaire dans la galaxie, de la galaxie dans l’univers. Le physicien et philosophe autrichien Ernst Mach (1838-1916) a interprété le phénomène comme une action du « global » de l’univers sur le « local » du pendule.

–          La relation corps-esprit a été considérée par certain nombre d’auteurs dont le philosophe Michel Cazenave (1942-) comme relevant de la synchronicité. En particulier dans les domaines de l’embryogénèse, des maladies psychosomatiques ou des effets de l’homéopathie voire du chamanisme et des multiples thérapies en vogue au cours de l’histoire.

–          De nombreux auteurs ont récolté des témoignages et étudié les expériences de mort imminente (EMI) (voir l’article sur Wikipédia). Il s’agit des expériences relatées par des patients revenus à la vie après un arrêt cardiaque. Les visions et les impressions perçues par ces personnes lors d’un épisode de décorporation de la conscience semblent concordantes. Certains auteurs avancent qu’une conscience désincarnée subsiste après la mort, pour un certain temps du moins. D’autres pensent de grands textes sacrés ont été inspirés par de telles expériences. Ces expériences en général changent ultérieurement la vision philosophique du monde des personnes concernées. Le plus étrange est l’expérience de mort partagée où des phénomènes de décorporation peuvent s’emparer, de manière réversible, de personnes accompagnant le décès d’un proche. Bruce Greyson, un spécialiste américain de la question, avance même que le cerveau ne fabriquerait pas la conscience, mais la recevrait.

–          L’influence positive ou négative sur la santé des personnes, ou même des animaux, des placebos, des nocebos, de la prière, voire des sorts jetés, semblent reconnue sans que la preuve puisse en être apportée par des protocoles scientifiques. Tout se passe comme si ces phénomènes se dérobaient dès que la raison pure s’en mêle.

Ervin László (né en 1932) a développé la théorie du champ akashique. Il s’agit d’un champ du « vacuum quantique » porteur de toutes informations de l’univers et des univers parallèles. C’est lui qui préside à la formation du tout dans l’espace et dans le temps. Cette hypothèse du champ akashique permettrait d’expliquer les phénomènes de la mécanique quantique et de la conscience.

Le champ morphique agissant au niveau des molécules  des êtres vivants devrait être une partie du champ akashique englobant l’ensemble de l’univers.

Toutes ces interprétations des phénomènes observés au-delà des frontières du quotidien sont aussi au-delà des frontières de la raison immédiate. Il faut s’y aventurer avec prudence en se protégeant des délires interprétatifs, qui ont parfois relevé de la psychiatrie.

 

Mes hypothèses proposent l’existence de différentes formes d’intelligences émergeant à différents niveaux d’organisation de la matière et agissant sur la matière à différente échelles de temps. Elles ne sont pas en contradiction avec ces champs akashiques ou morphiques, mais rajoute les dimensions du libre-arbitre, ainsi que de réflexivité (se penser soi-même) et d’empathie qui semblent participer au choix des réglages fins qui permettent l’existence de l’univers et de la vie. Elles disent aussi l’imbrication et la séparation des intelligences. Donc je proposerais plutôt le concept de champs cognitifs multiples co-évoluant avec la matière à tous les niveaux de taille, d’organisation et de temps. La nature profonde de la conscience ou de la matière nous échappe. Les champs sont des vecteurs de transmission de signaux, c’est de l’interaction des signaux avec la matière qu’émerge la conscience. Les champs des physiciens peuvent être soumis à des protocoles scientifiques d’objectivation. Les autres champs, télépathiques, morphiques, akashiques ou cognitifs multiples demeurent des conjectures.

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