Le cosmos depuis la nuit des temps est régi par des algorithmes d’itérations, des jeux s’appliquant à la matière et aux idées de l’esprit, consistant à combiner, construire, faire fonctionner, mémoriser, déconstruire, recombiner. Selon le niveau d’organisation de la matière ou de l’esprit, les constantes de temps des itérations sont différentes et vont de la fraction de seconde aux millions d’années.

Les algorithmes itératifs, également en informatique, font intervenir à la fois certaines formes de rationalité et le hasard, voire le chaos. Ils permettent d’explorer le champ des possibles. Ils combinent des éléments parfois de manière ciblée parfois au hasard et ne retiennent pas nécessairement les meilleures selon le critère de la rationalité. Il existe toujours un ordre transcendent  et supérieur à l’ordre immédiat vers lequel tend l’évolution. L’ordre immédiat fini toujours par être  déconstruit pour aller vers un ordre supérieur. La combinaison de  rationalité et de hasard semble la plus efficace pour explorer le champ des possibles. Le tout hasard ou le tout rationalité n’aurait sans doute pas permis à l’univers de trouver les combinaisons improbables de la constitution de la matière conduisant aux espèces vivantes.

A cet égard on peut rappeler le problème du voyageur de commerce qui doit trouver le chemin le plus court entre, disons, une centaine de villes. L’exploration systématique et uniquement selon « la rationalité mathématique » ou uniquement le hasard des 2 100 combinaisons de trajets possibles demanderait plusieurs siècles à un ordinateur. L’introduction d’une combinaison de rationalité et de hasard dans l’algorithme permet de résoudre le problème en quelques secondes. L’algorithme retient des solutions intermédiaires qu’il recombine de manière itérative. Si le problème de ces cents villes s’applique aux milliards d’atomes constituant un être vivant, celui-ci devient insoluble en un délai inférieur à l’âge de l’univers par l’exploration systématique de toutes les combinaisons possibles.

La « rationalité », servant à la discrimination des différentes combinaisons dans les algorithmes du vivant, et sans doute aussi de la matière inerte, comporte, outre le déterminisme pur et dur, l’empathie, le libre arbitre et le hasard. Dans le problème du voyageur de commerce, le critère de discrimination est : «  le nouveau parcours est-il oui ou non plus court que les précédents ? ». Dans un algorithme du vivant la question implicite au choix de retenir une nouvelle combinaison d’éléments est plus complexe. Elle fait intervenir un processus cognitif tenant compte de l’expérience du passé et la projection dans l’avenir, tout comme de l’empathie ou de sens de l’esthétique. De tels algorithmes sont à l’œuvre aussi bien dans l’embryogenèse, dans les processus physiologiques de l’individu vivant que dans l’évolution des espèces.

La nature a su mettre en place des algorithmes d’algorithmes, c’est-à-dire des méta-algorithmes qui savent faire évoluer les règles de fonctionnement des algorithmes. Ces méta-algorithmes ont su ajuster les échelles de tailles des éléments à recombiner, les critères de sélections des combinaisons, à savoir les parts respectives des déterminismes, de l’empathie, du libre-arbitre et du hasard.

Il est probable que l’algorithme ultime de l’univers tente de maximiser l’empathie, c’est-à-dire les liens immatériels au coeur la matière qui sans cesse se construisent et se déconstruisent. L’esprit se construit, se déconstruit et se reconstruit en jouant sans cesse avec la matière.

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