Image

 

Le chamanisme et les cérémonies funéraires constituent les premières formes de ritualisation des croyances religieuses. La littérature sur le sujet est abondante et facilement accessible sur internet. Je retiendrai quelques éléments entendus lors d’une conférence.

Le cœur du chamanisme est la Sibérie. Il y a refleurit après chute du régime communiste qui l’avait officiellement combattu. Mes rencontres avec des Russes m’ont cependant laissé entrevoir que les pratiques magiques étaient toujours vivantes même dans les milieux scientifiques soviétiques.

Le chamanisme s’est largement diffusé du Tibet aux Amériques il y a des millénaires déjà via le détroit de Behring. L’art pariétal occidental indique également des pratiques chamaniques. Certains syncrétismes avec des religions dominantes se sont pérennisés comme dans le bouddhisme tibétain ou le Vaudou haïtien. On peut se demander si les rituels et liturgies des grandes religions actuelles ne sont pas au fond des avatars des pratiques chamaniques. Le tourisme chamanique existe depuis le dix-neuvième siècle en Alaska. La mondialisation de l’information lui donne actuellement un nouvel essor à travers des chamanes plus ou moins auto-proclamés. Ces pratiques sont essentiellement orientées vers la guérison des maladies, le succès des chasses ou la légitimation d’un ordre symbolique. 

Les chamanes sont souvent des personnages socialement marginalisés dans leur enfance. Leurs visions et hallucinations relèveraient de la psychopathologie selon les critères de la psychiatrie occidentale. Les troubles psychiques semblent cesser lorsque la collectivité fait appel à eux. Le statut de chamane permet donc d’intégrer dans le groupe social des personnalités perturbées en leur conférant un statut valorisant. Le groupe en contre-partie bénéficie de la mise en place d’un ordre symbolique légitimé par des esprits, donc indiscutable. La mise en place d’ordres symboliques constitue probablement le point commun entre toutes les pratiques paranormales et religieuses.

 

Le chamane est le seul à avoir accès au monde des esprits omniprésents dans la nature, dans les animaux et dans les choses. Cet accès a lieu par des transes. Ces transes sont obtenues par différentes techniques : rythmes de tambours, chants, drogues. La collectivité participe au processus de mise en transe du chamane. Elle l’aide à partir et à revenir de la transe. La transe est différente de la possession, en ce sens que le chamane reste plus ou moins maître de la situation, tandis que dans la possession, c’est l’esprit  qui est le maître. Le rituel est déterminant dans la transe. Un ensemble de gestes symboliques, de paroles, de sons, de vêtements de protection, des masques, des objets cultuels accompagnent le voyage dans le monde des esprits. Dans certains cas le chamane est enchainé, ce qui le maintient attaché au monde réel. Les plumes, dont il se pare, symbolisent l’air et les esprits. Le chamane relie la terre au ciel. Il piétine les démons. Le rituel est une mise en dialogue avec les esprits, avec des codes assez semblables à ceux qui président aux rapports humains. Il faut raconter une histoire aux esprits, parfois avec un langage secret. Ce langage ressemble à celui des rêves, c’est-à-dire basé davantage sur le ressenti que sur la raison.

Il parle à l’esprit des animaux en essayant de les convaincre de se laisser manger par les hommes en échange de leur intercession auprès des esprits.

 

Selon des essais scientifiquement contrôlés, la prise de drogues sous forme de champignons hallucinogènes et les expériences mystiques conduisent à des états de conscience modifiée du même type.

Les grandes religions polythéistes ou monothéistes ont contribué à canaliser et à normaliser les pratiques magiques, souvent ont pu conduire au désordre social par des sacrifices humains, la terrorisation ou la manipulation des individus et des populations par les esprits. Les grandes religions ne sont pas exemptes de ces travers, mais elles limitent les dégâts.

 

Les monothéismes ont placé l’Homme au centre de l’univers puisque Dieu l’aurait fabriqué à son image. La nature est donc à son service et il peut en disposer de manière discrétionnaire. Son intelligence lui permet et lui donne le droit de transformer le monde.

Mais l’Homme technologique est en train de détruire la nature dans une folle course en avant semblable à l’histoire d’Amok de Stefan Zweig.

 

Reconnaître une valeur intrinsèque sacrée à la nature et à tous ses niveaux d’organisation, à l’instar des cultures chamaniques ancestrales, qui ont su durer des millénaires, est peut-être la vraie voie du développement durable.

Publicités