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Apparemment personne ne sait exactement ce qu’est la conscience. Pour certains c’est une fonction émergente des interactions des neurones dans le cerveau. Pour d’autres elle vient nous habiter de l’extérieur. Habituellement on sort de la lecture des traités sur la conscience avec une conscience encore plus vague de ce qu’elle est réellement. Wikipédia consacre des articles à la conscience en plusieurs langues. Il est inutile de répéter ces articles, et je propose de partir de mes propres réflexions, qui sont nécessairement alimentées par les reliquats de lectures sur la question.

Pour aborder le sujet à ma façon, je vais tenter de voir si les fonctionnalités des sept chakras évoqués dans de précédents articles sont pertinentes pour caractériser la conscience. Ces fonctionnalités sont en résumé :1) Racine : la terre. 2) Ventre : la nourriture, les métabolismes. 3) Plexus : la régulation. 4) Cœur : l’empathie. 5) Gorge : la parole, l’incarnation. 6) Le troisième œil : la raison. 7) Le sommet de la tête, la transcendance.

 

La racine. La terre. La conscience enracinée.

La nature profonde du monde est matière et conscience. A travers le cosmos, de l’infiniment petit à l’infiniment grand et à travers le temps, la matière prend différentes formes : ondes, particules, énergie, solide, liquide, gaz, plasma, vivante, organisée, chaotique, objets technologiques, objets symboliques, totems. De même, la conscience quant à elle, intervient sous différentes formes : information, représentation du réel, traitement de l’information, plan d’action sur la matière, évolution et évolution des formes de la matière et des espèces vivantes, concepts artistiques, scientifiques ou techniques.

Je postule que la conscience dans son acception générale n’a pas le cerveau humain comme siège unique mais qu’elle s’appuie sur d’autres niveaux d’organisation de la matière. A l’intérieur du corps humains, l’essentiel des mécanismes vitaux échappent à la conscience immédiate de la personne. Ils font appel à des processus « intelligents » impliquant de la mémoire et des choix sur l’avenir, donc des représentations de la réalité dans un espace abstrait. Par ailleurs l’ensemble des cellules d’un corps semble participer au stockage des souvenirs et des émotions des personnes. Ces souvenirs et émotions peuvent resurgir ou simplement modifier de manière inconsciente le fonctionnement de l’organisme. La santé ou la maladie sont tributaires des mémoires enfouies dans le corps.

Des mécanismes « intelligents » semblent également à l’œuvre à différents niveaux d’organisation de la matière dite inerte. J’ai évoqué cet aspect dans plusieurs articles précédents sans cautionner pour autant l’idéologie politico-religieuse du « dessein intelligent », qui alimentent aujourd’hui de nouvelles guéguerres et guerres de religions. Sans revenir sur les détails, il suffit d’évoquer quelques phénomènes « miraculeux », c’est-à-dire infiniment improbables, s’ils étaient simplement soumis au hasard, qui permettent la vie sur Terre : les propriétés de l’atome de carbone ou celles de l’eau indissociables de la chimie du vivant. La stabilisation par la Lune de l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre sur le plan de l’écliptique permet les saisons et donc le maintien de la température moyenne sur terre vers 15 °C où l’eau est à l’état liquide. Les mouvements du magma souterrain engendrent un champ magnétique terrestre qui protège l’atmosphère contre son balayage par les vents solaires. Jupiter protège la Terre des astéroïdes.

L’évolution de la conscience suit celle de la matière depuis la matière dite inerte jusqu’au monde vivant et à l’aventure de la culture humaine. Il n’est pas sûr que cette dernière représente le nec plus ultra de l’évolution de l’univers. D’autres formes de consciences ont permis la pérennité de l’univers depuis des milliards d’années. Il semble que la culture humaine va se heurter à un mur en raison des grandes ressources en énergie qu’elle épuise et des pollutions de la biosphère qu’elle engendre.

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Le ventre. Les métabolismes. Les avatars de la conscience.

Les états de conscience coulent en flot continu dans l’être humain et se transforment au gré des situations, de l’environnement, des informations déjà reçues, des impressions ou des souvenirs remontant à la surface. A l’instar des mécanismes de transformation de l’énergie d’une forme dans une autre qui ne sont jamais complets, l’information utilisée par la conscience est également partielle. Comme les aliments, l’information est digérée, c’est –à-dire sélectionnée.

La caractéristique de ne pouvoir définir la conscience qu’avec des mots qui lui sont synonymes ou connexes (représentation, image, sentiment) traduit sa nature réflexive. Elle est une combinaison de sensations de bien ou de mal-être, de peur, de volonté, d’empathie ainsi que de représentation et de rationalisation de la réalité. Elle sait se dire elle-même et elle est capable de dire ce que le monde extérieur à elle est ou dit. La conscience est parce qu’elle se pense elle-même.

La conscience la plus immédiate est celle qui nous fait précisément prendre conscience de la réalité de manière rationnelle.

La rationalité de la conscience n’est pas absolue, elle est tributaire de l’état de l’individu et de son environnement.

L’ataraxie, l’absence de trouble de l’âme selon Démocrite, devrait constituer une sorte d’état idéal où la conscience évolue en harmonie. L’état de pleine conscience des personnes en méditation vise également cette harmonie. La conscience représentative peut être modifiée, stimulée, conditionnée par de nombreux facteurs : la raison, l’amour, la haine, la peur, la douleur, les drogues, les rituels, la musique, la culture ambiante, le choix des mots, les stimulations des sens, les souvenirs, les enthousiasmes, les pulsions, l’orgasme, le sommeil, l’anesthésie médicale, la torture, la maladie mentale, l’absence de contrôle externe, l’absence d’inhibition.

Cette conscience représentative intègre des données culturelles individuelles ou collectives. Les haines religieuses, raciales, nationales, tribales se basent sur des consciences collectives identitaires.

La conscience humaine est capable d’inventer des artéfacts, qui servent sa propre rationalité sous formes de croyances, de mythes, de lois ou d’institutions.

La conscience morale est de l’ordre de la transcendance, dont je parlerai plus loin. Elle intervient dans le contrôle de la conscience représentative et celle qui conditionne la volonté et l’action.

La mémoire constitue les archives qui nourrissent la conscience. Des souvenirs peuvent remonter à la conscience, soit volontairement soit spontanément tirés par des enchainements d’éléments de mémoire s’appelant les uns les autres. La mémoire est un océan silencieux où la conscience part à la pèche. Le rêve nocturne est une conscience surtout soumise aux enchainements d’impressions plutôt que de raison.   

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Le plexus. La régulation par la conscience.

Les animaux, caractérisés par la capacité de se déplacer pour trouver la nourriture et les partenaires sexuels, ont besoin d’une conscience représentative de l’espace au niveau de chaque individu. L’abeille a, malgré la petite taille de son cerveau, une représentation de l’espace afin de retrouver sa ruche ou les fleurs à butiner qui lui sont indiquées par la danse d’une congénère. Les oiseaux savent s’orienter dans leurs migrations. Ils savent construire des nids compliqués. Les cycles de reproductions et les symbioses complexes  sont omniprésents dans la nature et traduisent l’existence probable de formes de consciences. Les plantes semblent avoir moins besoin de conscience au niveau individuel, bien que la vie en colonies puisse impliquer des comportements individuels « intelligents ». Des formes de conscience sont cependant nécessaires pour le fonctionnement des métabolismes végétaux individuels. Il se pourrait que le monde végétal ait la chance de ne pas connaître la souffrance.

Pour les humains, la culture, la civilisation, les sciences, les technologies, toutes les réalisations sont issues de consciences individuelles et collectives.

La conscience individuelle est un miroir de la conscience collective. Cette dernière s’appuie sur des cultures constituées de mèmes, des éléments de mimétisme, de tèmes, des éléments technologiques, et d’épistémè, le regroupement de l’ensemble des connaissances scientifiques, du savoir d’une époque.

Normalement la conscience collective est un garde fou ou au moins un moindre mal vis-à-vis des folies individuelles. Mais l’histoire nous montre que de temps en temps l’inverse est vrai aussi, la conscience collective peut devenir source de folie, folie collective ou folie de l’individu.

Tout système complexe possède des régulations à différents niveaux d’organisation.

 

Le cœur. L’empathie.

Les phénomènes d’équilibre entre l’attraction et la répulsion des corps est universel dans la nature. L’attraction dans le domaine de la conscience n’est pas simplement mécanique. L’empathie est la capacité de se mettre à la place de l’autre. Ses manifestations et ses causes sont multiples et complexes. La libido a une base hormonale donc génétique et demande à être mise sous contrôle par la conscience sociale et individuelle. Toutes les espèces animales protègent instinctivement leurs petits. Les sociétés humaines ne survivraient pas sans la fraternité et si les rapports étaient simplement soumis à l’intérêt mutuel.

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La parole. L’incarnation.

La conscience sans traduction dans le monde matériel ne semble pas pouvoir exister. Sa matérialité se traduit par des formes structurées de la matière dite inerte (systèmes planétaires ou cristaux, par exemple).

Comme évoqué plus haut, la conscience humaine s’incarne dans les œuvres, les mèmes, les tèmes, l’épistémè, les réalisations techniques, les langages, l’écriture les narrations. Tous ces objets sont à la fois des supports et la conscience à la fois. Celle-ci s’évanouit lorsque les objets disparaissent et inversement. Le média est le message, disent les professionnels de la communication.

Cette nécessité de l’expression concrète concerne aussi bien la conscience individuelle que collective.

La part inconsciente de la conscience est souvent dormante au fond des individus et des collectivités. Elle peut remonter à la surface consciente souvent sous forme métaphorique ou symbolique, selon une logique qui n’apparait pas comme rationnelle. C’est la base de la réflexion psychanalytique.

Les rites et les récits mythiques incarnent symboliquement l’unité de groupes humains. Ils deviennent souvent la réalité de cette unité. Les conflits entre groupes sont souvent ceux des rites ou des récits mythiques. Ils sont la conscience d’appartenance.

 

 Le cerveau. La Raison.

Le chakra du troisième œil symbolise le cerveau qui est le siège de la pensée rationnelle et irrationnelle. C’est aussi le lieu où peut s’effectuer une synthèse rationnelle des aspects de la conscience, du cœur, de la matière et de la raison. C’est le lieu de notre conscience représentative, de celle par laquelle nous pouvons nous penser nous-mêmes. Celle qui nous permet de partager des savoirs et des sentiments avec autrui. Celle qui permet d’agir sur le monde.

 

Le sommet. La transcendance.

La notion de transcendance est polysémique comme celle de la conscience. Alors la transcendance de la conscience l’est doublement…

La transcendance est, comme la conscience, également inhérente la condition humaine. La réflexivité de la conscience la pousse à sans cesse chercher un au-delà d’elle-même. Les religions proposent, ou imposent, la notion de Dieu qui est supposé  constituer le but indépassable de la quête de sens. Mais la notion de Dieu ne réussit pas toujours à étancher la soif, voire l’angoisse, de recherche incessante de sens. 

Les dieux, pour les faire subsister, sont enfermés par l’humanité dans la matérialité des rites, des récits, des dogmes. Cette matérialisation des dieux contribue à organiser aussi bien les sociétés humaines que le système cognitif des individus.

La conscience « pure » existe-t-elle ? Ou n’est-elle qu’un artéfact permettant d’organiser le monde ?

Un certain nombre de pratiques semblent pouvoir donner à la conscience l’accès à sa propre transcendance : méditation, prière, rites, drogues, musique chants, danses, etc. 

La conscience de soi et celle de l’altérité est au cœur de la quête spirituelle. L’altérite de chacun se déploie à tous le niveau d’organisations de la matière et de la conscience.

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