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 28/6/2013

 Le cerveau humain contient 100 milliards de neurones avec chacun dix mille connexions soit 10^^15 connexions environ. Les algorithmes qui orchestrent les opérations cognitives, les échanges entre les neurones, à la base de la mémoire, de l’apprentissage, du raisonnement, de la conscience et des sentiments ne sont que très partiellement connus. L’ensemble des autres cellules et organes du corps intervient également dans ces algorithmes. Les liens du corps et de l’esprit sont reconnus depuis longtemps à défaut d’être connus. L’environnement naturel et social intervient également dans les algorithmes cognitifs.

L’essentiel de ces 10^^15 connexions neuronales et des connexions avec le reste du corps et du monde se met en place dans les trois premières années de la vie par l’apprentissage de l’environnement et la maturation intrinsèque de l’organisme. Trois ans représentent 10^^8 secondes, de sorte que 10^^7 (dix millions) connexions se mettent en place chaque seconde dans la tête d’un bébé !

En supposant que nous pensons à l’échelle de temps de la seconde, on pourrait estimer qu’une opération cognitive élémentaire implique quelque cent mille connexions, reliant quelques centaines de neurones. Les nombreuses et complexes informations d’une opération cognitive ne sont pas stockées dans les neurones, mais dans les flux multiples de signaux transmis dans les connexions, selon une logique algorithmique que personnellement je ne connais pas. Les systèmes neuronaux des informaticiens en sont sans doute l’ébauche.

La conscience, immatérielle par nature, est un ordre émergeant des flux de signaux relativement immatériels entre des neurones, eux, tout à fait matériels.

Ces processus cognitifs servent à représenter de manière immatérielle la réalité matérielle du monde. Ils permettent aussi d’inventer des concepts ou des objets technologiques qui ne préexistent pas dans la nature.

La modélisation du monde semble toujours partielle puisqu’elle se situe dans des échelles de temps, d’espace et d’organisation données et limitées. Mais elle est pertinente et efficace lorsqu’elle permet d’agir sur le monde et que les techniques, qui en sont issues, fonctionnent.

Le processus d’acquisition de savoirs nécessaires à la modélisation d’un phénomène donné consiste à sélectionner des informations dans le foisonnement du paysage offert aux sens, donc à en éliminer la plupart, ensuite à les mettre en rapport avec des informations préexistantes en construisant de nouveaux flux. Les souvenirs, le langage, les modes de raisonnements, les valeurs morales, les fonctionnements psychologiques sont ainsi stockés en s’appelant les uns les autres de proche en proche. Certaines zones du cerveau sont plus ou moins préférentiellement impliquées selon les processus ( langage, reconnaissance des formes, raisonnements, sentiments). Cependant le reste de l’organisme y contribue également. Les métabolismes de régulation du corps, bien qu’échappant à la conscience, relèvent de processus cognitifs plus complexe que de simples mécanismes.

Les bien-être ou mal-être physiques et mentaux sont corrélés.

Les processus cognitifs sont imbriqués en différents niveaux d’organisation à différentes échelles de tailles et de temps. Chacun des niveaux d’organisation, si tant est qu’ils soient différenciables, comporte des propriétés émergeantes différentes de la somme des propriétés des niveaux inférieurs. Il existe des logiques de traitement des informations moléculaires, synaptiques, neuronales, du cerveau, de l’organisme, de la société humaine, des civilisations. Tous ces niveaux fonctionnent avec des algorithmes différents avec des échelles de temps propres. Chaque niveau se crée sur des socles matériels générés par les niveaux inférieurs. L’intrication des niveaux d’organisation est issue de leur co-évolution, de sorte qu’un ne peut pas savoir lequel a fabriqué l’autre, comme dans le cas de l’œuf et de la poule. Le neurone a co-évolué avec les synapses, tout comme la civilisation avec la technologie.

Il faut pas conjecturer la nécessité d’une intelligence parallèle à cette intelligence des processus cognitifs pour en assurer la réalisation. Une des principales caractéristiques de l’intelligence est d’être réflexive, c’est-à-dire possédant la capacité de se penser soi-même, voire de s’auto-générer. Mais le processus a bien dû être lancé un jour. On revient au problème de l’œuf et de la poule. Quelque soit le processus, il faut un méta-processus au moins au départ.

Le départ, le moment zéro, n’existe peut-être pas pour de nombreux processus. On peut douter du big bang qui constituerait le temps zéro. L’origine des langues est paradoxale. A partir de quand des sons constituent-ils une langue ? A partir de combien, des grains de sable forment-ils un tas ?

Les processus cognitifs  semblent ainsi relever de structures aux contours flous quant à leurs origines, aux mécanismes mis en jeu dans leur genèse et leur fonctionnement.

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