17 09 2013

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La métaphore, selon les dictionnaires et Wikipédia, est une figure de style fondée sur l’analogie qui associe un être, un objet, une idée, un fait à d’autres appartenant à un domaine sémantique différent. Elle enrichit, rend plus complexe, construit ainsi le sens du signifiant. Elle participe aux mécanismes d’autogenèse du langage. Nous utilisons, même sans plus nous en apercevoir, des métaphores dans le langage courant : les bras du fauteuil, le roi de la jungle, l’âge d’or, rire jaune, etc. Avec l’usage, les métaphores ont engendré les sens multiples des mots : la poule mouillée, l’objectif, le fruit, la graine, le ciel, l’échelle, saisir, etc. La plupart des mots du dictionnaire ont ainsi acquis plusieurs sens et définitions. La métaphore peut prendre l’aspect d’un récit complet : les paraboles, les mythes, les contes et légendes. Les sciences s’appuient également sur des récits ou locutions métaphoriques : les nombres imaginaires, le big bang, le chat de Schrödinger, le diable de Maxwell, la réflexion, la circulation sanguine, l’influx nerveux, l’écoulement du temps, les dimensions de l’espace, etc. La physique et les mathématiques utilisent des métaphores fort éloignées du sens premier pour exprimer des concepts nouveaux ; en mathématique : les corps, les anneaux, les groupes, les moyennes, les nombres premiers, les nombres imaginaires ; en physique : les spins, les charges électriques, les saveurs, les couleurs, les quarks, etc.

L’ensemble du système cognitif humain, y compris l’inconscient et le rêve, s’appuient sur des  métaphores.

Les représentations mentales de la réalité et la mémorisation des informations ont recours à des métaphores. Les figures géométriques servent souvent de métaphores : la pyramide des âges ou des hiérarchies sociales, les structures fractales et arborescentes, la ligne droite ou courbe des routes ou des architectures, les cercles d’amis, les cercles vicieux ou vertueux, etc. Des objets des animaux, des personnages symbolisent des caractéristiques : dur comme le roc, bête comme un âne, fier comme Artaban. Ainsi au fond de nos mémoires, les choses et les faits sont stockés non pas individuellement mais sous forme de réseaux métaphoriques. Une idée en appelle une autre grâce aux liens métaphoriques.

Les rêves sont souvent difficiles à mémoriser car ils échappent largement à la rationalité habituelle et correspondent à des errements du cerveau de métaphore en métaphore.

Les sentiments et les sensations font appel à des métaphores pour s’exprimer. La peur bleue, la haine mortelle, l’amour ou le désir fous, la vengeance froide, la canicule (chaleur de chien), le froid de canard.

Les idéologies religieuses et politiques sont fondées sur des récits métaphoriques ainsi que souvent sur des simples locutions métaphoriques. Le propre des idéologies est d’instrumentaliser et d’imposer des métaphores comme des dogmes et des vérités intangibles : Dieu le père, le chef suprême, la parole de Dieu, la volonté du peuple, le sang des martyrs, le peuple élu, la nation, l’histoire glorieuse de la nation, etc. Ces métaphores portées au rang d’idéologies permettent de construire des empires, des villes, des temples et des palais. Elles structurent également les consciences individuelles, en leur fournissant un cadre de réflexions, une place dans l’ordre social, un sens à la vie.

La métaphore, comme rencontre d’éléments appartenant à des univers sémantiques distincts, n’est pas propre aux langages et aux langues. Cette rencontre avec l’altérité construit le sens dans bien des domaines. Les dualités sont omniprésentes et inséparables dans la matière, dans le vivant ou dans les organisations d’origines humaines. Pour la matière, la science a mis en évidence les dualités ondes-particules, matière-énergie, les phases de la matière, les cycles de la matière. La dualité esprit –matière existe probablement à tous les niveaux de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Pour le vivant on parle aussi de dualités esprit-matière, cerveau et conscience, organe et organisme, individu et espèce, le langage et la pensée. Pour les institutions humaines, les dualités s’expriment en termes de personnes et de collectivité, de corps social, de normes et de liberté, de paix et de conflit, de gouvernance et de liberté, de progrès et de stabilité, la science et la technique. En politique, la démocratie s’appuie sur des rapprochements et des séparations de grands principes comme la liberté, l’égalité, la fraternité  ou encore des pouvoirs législatifs et exécutifs. La philosophie des sciences appelle à la fois au rapprochement et à la séparation de la spiritualité, de la science et de la politique. Il s’agit de métaphores fonctionnelles où l’altérité proche et lointaine à la fois est nécessaire au fonctionnement et à l’évolution de l’ensemble.

Dans la métaphore, chaque terme conserve une identité propre, leur rapprochement fait émerger un sens nouveau et parfois la beauté comme par exemple dans l’art du Gandhara.

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