L’être intérieur, le rite du placebo.

Psicotronica11/11/2014

Arte vient de diffuser le 7 novembre 2014 un film sur l’effet placebo. L’effet placebo a désormais droit de cité parmi les études sur l’effet de médicaments ou de pratiques magiques dans les guérisons de maladies. Habituellement l’effet est attribué aux croyances du patient, or il s’observe également lorsque celui-ci sait qu’il s’agit d’un placebo. L’efficacité du placebo est avérée également avec les bébés ou les animaux.

Personnellement l’effet placebo a été observé au moins deux fois dans ma vie. Vers 30 ans, un médecin du travail avait diagnostiqué un souffle au cœur après avoir vu les analyses de mes triglycérides. Du coup pendant plusieurs mois, j’ai ressenti des douleurs dans la cage thoracique, malgré la conviction que j’avais qu’il s’agissait d’un effet « nocebo » ou à une « névrose cardiaque » décrite dans un ouvrage que je m’étais procuré sur le sujet. Les douleurs ont disparu par enchantement après l’examen par un spécialiste cardiologue qui déclara que je n’avais aucune pathologie et que le médecin du travail n’y connaissait rien.
La seconde fois vers 65 ans, un trek vers le Kilimandjaro m’angoissait à l’idée que je ne serai pas en mesure d’affronter l’altitude de 6000 mètres. Les mois précédents, j’eus plusieurs fois des douleurs dans le bras et dans la poitrine. J’ai consulté un médecin généraliste auquel j’ai dû faire part des antécédents familiaux, dont mon père qui avait subi un pontage cardiaque à cet âge. « Ne cherchez pas, c’est héréditaire. Je vous envoie chez un cardiologue », décrta le médecin. Les douleurs se poursuivirent en attendant le rendez-vous chez le cardiologue. Celui-ci me fit subir un test d’effort qui s’avéra normal et il déclara que je pourrai escalader le Kili sans problème, peut-être pas un 7000. Là aussi les douleurs disparurent par enchantement. Et l’ascension du Kili se passa plutôt bien.

Dans les deux cas, il semble que ce soit l’autorité morale, la compétence reconnue, l’objectivation du spécialiste qui ont agi non pas tant sur ma raison consciente, mais plutôt sur une instance intérieure plus profonde du cerveau. En effet ma raison consciente dans les deux cas savait, mais n’en était pas tout à fait sûre, que les douleurs étaient dues à l’angoisse. Après les diagnostics des spécialistes, la raison consciente gardait toujours un certain doute, mais tout se passa comme si l’instance intérieure s’était laissée convaincre par eux. Ces spécialistes n’étaient pas particulièrement sympathiques, ils fonctionnaient essentiellement sur le mode technique. J’avais eu besoin d’un rituel de l’examen médical pour objectiver l’absence de pathologie.

Je postule l’existence d’un être intérieur au-delà de notre conscience, qui pourrait être à l’origine et conditionner l’effet placebo. De toute façon, l’essentiel de nos fonctions physiologiques et mentales échappent à notre conscience. Cet être intérieur, qui s’apparente au système nerveux végétatif , chargé des fonctions automatiques de l’organisme, semble posséder une intelligence propre. Il entretien des échanges d’informations avec le cerveau conscient.

Les échanges entre la conscience et l’être intérieur semblent se dérouler selon les trois instances que j’ai souvent évoquées : la matérialité, la raison et l’empathie ou en d’autres termes l’énergie, l’information et l’affect. Pour que l’être intérieur puisse remplir ses fonctions de régulation de l’organisme il faut que les conditions matérielles soient assurée : nourriture, intégrité des organes, transformation de l’énergie. Il faut que les logiques fonctionnelles soient maintenues par des échanges d’informations. Il faut une certaine dose d’empathie, d’élan de vie, de partage.
Les moyens de dialogue de l’être conscient avec l’être intérieur reposent sur des actes concrets ainsi que sur de l’immatériel. Le concret, c’est la nourriture, l’activité physique, les soins du corps, la sexualité, les rites. L’immatériel, c’est la raison, la culture, la beauté, l’amour, la méditation, la spiritualité, la narration (story telling). On peut raconter des histoires à l’être intérieur…
La parole d’un maître extérieur semble également avoir un impact sur l’être intérieur. Le guérisseur, le chamane, le prêtre, le médecin, le gourou, le psychanalyste dispensent parfois une autorité charismatique suffisante au cours de rituels pour initier des processus d’auto-guérison.

La conscience ne doit pas vouloir dominer et régir l’être intérieur. Une posture d’humilité de la conscience et plutôt de complicité avec l’être intérieur semble plus favorable au dialogue notamment au travers de la méditation.

Je postule également que cette dualité d’être conscient et d’être intérieur existe aussi au niveau collectif. Une grande partie du fonctionnement des sociétés n’apparaît pas au grand jour, même si chaque partie relève d’une conscience propre. Cependant un inconscient collectif émerge des multiples consciences propres des parties. Les groupes possèdent aussi un « système végétatif » qui régit leurs automatismes. Cet inconscient collectif peut entrainer des mouvements collectifs, des modes de fonctionnement spécifiques et il peut tomber malade comme un organisme individuel. Des transes collectives embrasent de temps en temps les groupes humains, allant de la ferveur religieuse ou footballistique à des conflits armés.

Les sciences sociales cherchent à comprendre ces mouvements collectifs. Mais sauront-elles guérir un jour les flambées de populisme, de violence, de barbarie, de peur ? Il semble que ces flambées doivent souvent s’épuiser d’elles-mêmes et s’auto-détruire. La raison n’est pas toujours suffisante.

Il semble que les religions traditionnelles à travers des rituels plus ou moins magiques aient parfois su animer le fond de l’être intérieur des sociétés comme celui des individus.

reiki-chakrasLes êtres intérieurs et conscients, individuels ou collectifs, sous soumis aux mêmes fonctionnalités dont les sept chakras de la spiritualité orientale peuvent représenter les métaphores.
– 1. Ces êtres sont issus du substrat matériel de la terre. Ils sont des avatars de la matière.
– 2. Leur énergie provient de la transformation de la matière. Ils sont nourris et nourrissent les cycles de la matière et de l’énergie.
– 3. Ils sont soumis à des systèmes de régulation qui maintien leur homéostasie, leur pérennité.
– 4. L’empathie entre le conscient et l’inconscient, entre l’individuel et le collectif participe à la régulation des organismes.
– 5. Ils reçoivent et fournissent des informations avec l’altérité.
– 6. Ils sont capables de se penser eux-mêmes et de modéliser le monde.
– 7. Le sens est donné par une transcendance.

Les chackras des êtres conscients ou inconscients, individuels ou collectifs ne fonctionnent pas toujours selon les mêmes logiques, ils ont des logiques spécifiques.
Les effets placebo ou nocebo agissent à la frontière entre le conscient et l’inconscient et échappent parfois à la preuve scientifique.

Storytelling et algorithmes

storytellingA l’origine, le langage oral humain n’était, semble-t-il, pas nécessaire à la transmission des savoir-faire de cueillette, de chasse ou de fabrication et d’utilisation d’outils. Le langage des gestes était sans doute suffisant pour la mise en œuvre et la transmission de ces techniques. Le langage narratif, le storytelling, a servi avant tout à fonder l’identité des groupes en permettant de raconter des histoires sur les ancêtres, les héros, les esprits, les amis, les ennemis ou les dangers. Le langage invente le temps passé, présent et futur, il crée des champs sémantiques qui nomment et relient les objets, il exprime des liens de causalité entre les faits. Il exprime de la logique, des sentiments et des potentialités. Le langage est une réduction nécessaire de la réalité dans ses extensions temporelles, spatiales et dans sa complexité. Cette réduction permet de comprendre et d’agir sur cette réalité. L’origine du langage à des fins magiques, d’incantations accompagnées de musiques et de rythmes est également probable. L’origine des idéogrammes chinois est, parait-il, liée à la divination par le jet de baguettes de bois.
Mais au-delà de ces fonctionnalités, le langage humain est réflexif, il sait se dire lui-même ainsi que l’altérité, le symbolique. Il a la propriété de créer des infinités de mots, de concepts et de méta-concepts par des combinaisons de concepts créés antérieurement.
Le langage humain n’est pas uniquement construit à partir de mots. Tous les arts (musique, chant, danse, dessin, spiritualité) constituent des langages avec des syntaxes spécifiques. Toutes ces formes de langages racontent des histoires à leur façon. Elles interpellent la sensibilité ainsi que la raison à travers des codes changeants en fonction des époques et des lieux et des expériences personnelles.
Les langages mathématiques et scientifiques permettent de représenter certains aspects du réel et se comportent comme celui-ci à des échelles données de tailles du temps, de l’espace et de l’organisation des choses. Ils permettent l’émergence de technologies qui ne préexistent pas dans la nature, comme celles basées sur l’utilisation des métaux ou de l’électricité, par exemple. Aujourd’hui de nombreux objets mathématiques, concepts scientifiques n’ont pas ou pas encore d’applications techniques, voire de réalité autre que conceptuelle ; ils émergent de la computation de concepts antérieurs selon des logiques spécifiques. Ils se situent souvent à la pointe des connaissances d’un domaine relativement inabordable par les profanes.
L’informatique a ouvert un champ nouveau de langage. Pour le moment ce langage n’est pas capable d’élaborer des sentiments (à la rigueur il peut les nommer). Les technologies multiples issues de l’informatique confèrent aux langages préexistants l’accès à des dimensions nouvelles : mondialisation des cultures, stockage et exploitation massifs des données, simulation et analyse de phénomènes complexes, nouvelles formes artistiques.
Les algorithmes informatiques sont des objets en soi. Bien que de conception humaine, le comportement de certains n’est pas prédictible. Peut-être verra-t-on un jour des algorithmes simulant la conscience humaine et le libre-arbitre. Mais il se peut aussi que le substrat biologique tel que celui du cerveau soit indispensable pour que l’algorithme de la conscience puisse émerger.
Le transhumanisme est un courant de pensée actuel qui envisage une humanité entièrement sous le contrôle de robots, d’informatique et de la biotechnologie. Il stipule qu’ainsi l’homme serait à l’abri de l’irrationalité qui a engendré le meilleur et le pire. Il ouvre un débat intéressant qui pourrait au contraire montrer que l’irrationalité humaine est un moindre mal ou que la rationalité pure n’est jamais atteignable ni souhaitable pour le vivant.

Les relations entre les objets et les institutions humaines constituent également des langages en soi échappant parfois à la maitrise des humains comme par exemple les systèmes économiques, politiques ou sociaux. La structure de la vie moderne autour des objets techniques impose sa « grammaire » à l’individu producteur et consommateur.
Certaines caractéristiques sont communes à l’ensemble de ces langages humains. Ils s’appuient tous sur des « mots », éléments potentiellement en nombre infini, et des «grammaires » qui permettent l’émergence des sens de la combinaison des mots. Les « textes narratifs» sont tous incarnés dans des supports matériels. Le support détermine de manière spécifique ses « mots » et sa « grammaire ». Ils ouvrent sur l’infini des combinaisons et de la création de formes nouvelles. Ils ne représentent que partiellement certains aspects de la réalité. Ils créent de nouvelles réalités inédites dans la nature. Des ordres nouveaux émergent des mots et des grammaires caractérisés par des règles spécifiques. Ce sont les jargons, les styles, les manières, les modes de raisonnement de la poésie, de la littérature, de la science, de la spiritualité, etc.
Les algorithmes des ordinateurs sont constitués de suites d’instructions déterministes, que l’on pourrait caractériser comme une sorte de récit. Cependant certaines catégories d’algorithmes ne conduisent pas nécessairement à des résultats préétablis. Selon le cybernéticien Alan Turing, il n’existe pas de moyen pour dire à l’avance si un algorithme d’une certaine complexité va s’arrêter ou non. La vie et la conscience relèvent d’algorithmes dont on ne connait pas encore les types d’opérations élémentaires, à l’instar des opérateurs ET, OU, NON s’appliquant sur des bits 0 et 1 qui fondent l’ensemble de l’informatique actuelle. Il est possible que des ordinateurs quantiques fonctionnant avec des « qubits » possédant des valeurs intermédiaires entre 0 et 1 puissent générer un jour de nouveaux objets abstraits ressemblant à la vie ou à la conscience. Mais rien n’est moins sûr. Les algorithmes profonds de la conscience et de la vie s’exercent dans le monde de l’infiniment petit et peut-être même dans des dimensions hors de notre espace-temps. En tout cas hors de notre champ de perception.
La conscience humaine,- mais pourquoi elle uniquement ? – est capable d’entrevoir des mondes en dehors de ses champs de perception. Les instruments scientifiques, télescopes, microscopes, accélérateurs de particules, détecteurs variés, etc. sont des outils matériels qui élargissent la perception du réel. Le cerveau est en mesure d’inventer des outils abstraits d’exploration du réel ou supposé comme tel. Les objets mathématiques appartiennent-ils au monde réel ? Existent-ils en dehors de la conscience humaine ? L’homme est capable d’imaginer ce qui n’existe pas.
Les objets conceptuels existent parce que la conscience les fait exister et qu’on peut s’en servir pour représenter, raconter et organiser le monde. Il en est probablement ainsi de l’ensemble des concepts élaborés par la conscience humaine au cours des âges. Certains concepts, qui sont de purs artéfacts, permettent aux sociétés humaines de fonctionner : les dieux, l’argent, les lois, les nombres (dont notamment le zéro), les valeurs morales, les codes, les traditions. Ils structurent la pensée, les relations sociales, ils s‘incarnent dans des monuments, des villes, des institutions, dans des récits, des théories. Ils ne pourraient perdurer sans des récits se transmettant de génération en génération à l’intérieur des sociétés humaines. Ils sont constitutifs des identités des individus et des groupes. Ces artefacts fonctionnent dans un cadre spatio-temporel et de complexité donnés.
Certains artéfacts fonctionnent, d’autres pas, d’autres plus ou moins bien, plus ou moins longtemps. Les champs des possibles et du souhaitable sont essentiellement incertains, mouvants, pluriels selon les contextes historiques ou locaux. C’est à cause de ces caractères d’incomplétude que l’évolution du vivant et des sociétés est possible.
Tout système est issu de l’exploration des champs du possible et du souhaitable. Les combinaisons d’éléments ou de concepts sont infinies, mais elles ne sont pas toutes possibles et toutes les combinaisons possibles ne sont pas souhaitables. Tous les niveaux d’organisation de la matière ou de la pensée, génèrent ou sont générés par des ordres supérieurs qui autorisent leur viabilité. De fait les différents ordres de taille, de temps d’organisation sont imbriqués. On ne sait toujours pas ce que est premier de l’œuf ou de la poule. L’intrication des niveaux d’organisation fait partie des propriétés des algorithmes du vivant et peut-être de la matière à toutes les échelles de tailles, de temps et de complexité.
L’artéfact religieux structure les sociétés depuis la nuit des temps avec beaucoup d’heurs et de malheurs. L’heur est qu’il répond au besoin de sens de l’esprit humain face au vertige de l’infini. Il crée les liens entre l’individu sa communauté et la transcendance. L’évolution a inscrit dans le cerveau humain le besoin de transcendance auquel répondent les religions. Le malheur est que celles-ci désignent aussi l’impie et l’ennemi afin d’assurer leur propre identité. Depuis la nuit des temps des êtres humains, encore dans le ventre de leur mère, ont été destinés à tuer et à être tués par un ennemi au nom de leur identité groupe d’appartenance tribale ou religieuse. Les récits identitaires, nationaux ou religieux, sont toujours instrumentalisés par des « marchands du temple ».
Les rites et dogmes religieux subissent au cours des âges des processus de mutation-sélection à l’instar des espèces vivantes. Les mythes et dogmes sont les artéfacts qui ont survécu à ces processus. Les grandes religions actuelles ont repris bien des aspects des rites chamaniques en les codifiant, en les pacifiant, en les humanisant par une symbolisation croissante. Les sacrifices humains ont été remplacés par ceux d’animaux puis par de simples rituels gestuels. Le football joue sans doute aujourd’hui ce rôle de symbolisation des luttes tribales en évitant la mise à mort d’ennemis.
Le problème avec beaucoup de structures et d’institutions est que les récits fondateurs se transforment en fondamentalismes. Les algorithmes de fonctionnement des systèmes ont tendance à se complexifier et à absorber de plus en plus d’énergie pour leur propre usage. Ils finissent par épuiser les ressources et par ne plus être capables de s’adapter à l’environnement changeant. Il en est ainsi des grands systèmes religieux, politiques ou économiques.
La démocratie est aussi un récit, un algorithme à inventer sans cesse afin que chaque vie sur terre trouve un sens. Dans l’idéal, elle implique l’adhésion libre à des identités individuelles et collectives sans nécessiter d’ennemi pour fonder ces identités. Les récits structurant les algorithmes des psychés individuelles et collectives se trouvent à faire face aux modes nouveaux de circulations massives des informations, de la culture et à l’estompement des frontières. Il faudrait penser le monde en termes de récits et d’algorithmes.

Hypermonde

Hypermonde

13/02/2014

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 La plupart des animaux possèdent une certaine représentation mentale de l’environnement qui leur permet de  trouver leur nourriture et de se reproduire. Cette représentation est forgée à partir des sens et des expériences mémorisées dans leur génome et dans leurs neurones. Ces expériences sont, pour les espèces les plus évoluées, assorties de sentiments de peur, de plaisir, de douleur, d’agressivité, de sympathie, de soin mutuel, de besoin de grégarisme. Selon les éthologues certains animaux pratiquent des formes de cultures transmissibles par des coutumes, des rites, des techniques de construction d’abris, de chasse, de soins aux nourrissons, de parades nuptiales.

Savoir qu’il sait ou savoir que l’autre sait, c’est-à-dire le métasavoir, est souvent considéré comme le propre de l’homme. Des expériences de laboratoire avec des singes ou des oiseaux semblent montrer que certains sont capables de mentir pour tromper la proie ou le congénère afin de s’approprier la nourriture. Même les fleurs sont capables de mimer visuellement ou olfactivement pour attirer insectes pollinisateurs ou en éloigner les indésirables. L’explication scientifique standard de ces comportements repose sur l’élaboration de mécanismes sélectionnés au cours de l’évolution et elle exclut souvent toute forme d’intelligence chez les plantes ou chez les animaux.

 

Les capacités cognitives humaines semblent exister pour la plupart à l’état élémentaire chez les animaux les plus évolués. Le cerveau humain, surdimensionné par rapport au poids du corps, ainsi que l’usage des mains, la station debout, ou le développement du langage constituent les outils du saut qualitatif de la conscience.

Le cerveau humain a accès à des formes de conscience et de connaissance qui, sauf preuve du contraire, échappent au restant de la nature. Il sait représenter mentalement le monde au-delà de son environnement immédiat, il sait le modéliser par des mathématiques ou de la littérature. Pour cela il utilise ses cinq sens, des instruments de mesure capables d’explorer l’infiniment petit et l’infiniment grand au-delà des capacités de ses sens naturels. Les rayonnements électromagnétiques, détectables avec des instruments, sont porteurs d’informations qui, hormis la lumière visible, échappent aux sens naturels. L’homme sait forger des concepts et des modèles de pensée.

Les animaux semblent limités dans leurs capacités cognitives par les champs restreints de leurs sens, même si certains, contrairement à l’homme, voient les rayons ultraviolets, entendent les ultrasons ou ressentent des champs magnétiques. Beaucoup d’animaux rampants vivent dans un monde à deux dimensions, la troisième dimension ne leur est accessible que de manière limitée. Les vers, qui rampent dans des espaces à deux dimensions, explorent de manière très partielle la troisième dimension en grimpant aux plantes. Un ver de terre dans une forêt, même s’il était doté d’un cerveau humain, ne pourrait probablement jamais concevoir l’existence du vaste cosmos qui agit sur lui.

 

Les limites de notre espace à trois dimensions.

Par analogie, on peut se demander si notre condition humaine, confinée dans un monde à trois dimensions et dans le temps, ne limite pas la perception de la réalité qui pourrait posséder des dimensions supplémentaires.

Certains astrophysiciens stipulent l’existence de multivers, c’est-à-dire d’univers parallèles.

Certains autres physiciens ont proposés  la théorie des cordes pour expliquer les comportements des particules élémentaires. Les cordes seraient des objets microscopiques se déployant dans des espaces d’une dizaine de dimensions.

 

Ces dimensions supplémentaires constituent un ailleurs non perceptible par nos sens dans notre monde limité à trois dimensions. Elles sont le vide et le néant chez nous, alors qu’elles peuvent être peuplées chez elles.

 

L’hyper-monde

Alors je me demande si l’esprit qui anime la matière inerte ou vivante n’émane pas de telles dimensions supplémentaires. Ainsi avec notre cerveau, nous explorons les dimensions où réside l’esprit. Peut-être comme le ver explore la troisième dimension.

Cet esprit intervient dans le fonctionnement du monde visible. Il en est la logique créatrice et régulatrice.

Ce monde hyper-dimensionnel, les hommes l’ont perçu, célébré, utilisé, analysé, raconté depuis la nuit des temps. Pour les chamanes, c’est le monde des esprits ou des morts, pour les déistes c’est Dieu. Erwin Laszlo parle de champ akashique, Rupert Sheldrake de champ morphogénétique. La parapsychologie relèverait de ce monde.

Je formule l’hypothèse que le monde matériel à trois dimensions est en fait animé par un hyper-monde d’où émanent ses logiques fondatrices, la raison et l’empathie.

 

La matière de l’univers se crée en permanence par les fluctuations de cet hyper-monde qui nous parait comme vide puisqu’il relève d’autres dimensions. On n’a peut-être pas besoin de l’hypothèse du big bang pour représenter l’expansion de l’univers. La matière et l’espace émergent peut-être en permanence et en tout lieu de ces dimensions invisibles. Ce qui donne l’impression d’une expansion et amène à penser que l’univers était un point à l’origine.

 

L’évolution de la matière, celle du vivant, celle de l’esprit à travers les millions de siècles conduit peut-être à l’unification du monde et de l’hyper-monde, de la matière et de l’esprit. 

 

Les fondamentaux de la mécanique quantique qui s’appliquent au monde des  atomes, des particules élémentaires apparaissent étranges dans le monde à notre échelle de taille et de temps. La dualité onde-particule, le principe d’incertitude, la superposition quantique, l’intrication quantique ou encore la non-localité sont des concepts qui pourraient en fait traduire l’existence d’un hyper-monde.

 

L’hyper-monde est celui d’où émanent la beauté, l’amour, la spiritualité, la géométrie, les mathématiques, les logiques, la musique, la poésie, les émotions, peut-être les phénomènes paranormaux. Il est l’essence des grandes fonctionnalités symbolisées par les sept chakras à savoir : la matière, transfert d’énergie et d’information, la régulation des organismes, les rapports d’empathie, l’apport de chaque organisme à son environnement, la raison et la transcendance.

On peut noter que les mathématiques ont introduit des concepts comme le zéro ou les nombres imaginaires qui font appel à l’existence d’hyper-dimensions.

Le cerveau humain entre en rapport avec l’hyper-monde quand il raisonne, calcule, aime, crée, médite ou prie. Les états de conscience modifiée par les drogues ou les rites chamaniques permettraient d’entrer en contact avec les entités peuplant l’hyper-monde, c’est en tout cas la conviction de ceux qui ont essayé ces pratiques. Les guérisons miraculeuses sont peut-être élaborées d’abord dans l’hyper-monde.

L’humanité dans son ensemble est un cerveau collectif qui raisonne, calcule, aime, crée, médite ou prie collectivement.

L’hyper-monde englobe l’ensemble de l’univers et chaque être en particulier y est associé personnellement. Le Dieu créateur de l’immense univers s’occuperait aussi du destin de chacun. Le temps est aboli.

Le Prix Nobel 1993 de chimie Kary Mullis a déclaré que ses découvertes scientifiques ont été faites grâce à la consommation de LSD.

Cet hyper- monde fonctionne avec des langages spécifiques. Le hasard ici émane d’un déterminisme là-bas. La complexité ici est limpide là-bas.

La modernité, avec notamment l’internet et la culture de masse, favorise le fonctionnement du cerveau collectif, avec ses heurs et ses malheurs. « C’est un don de Dieu », dirait le pape François.

 

La complexité d’un organisme vivant de même que de l’ensemble de l’éco-système est orchestrée par un hyper-monde.

 

«Car nous ne sommes pas des Êtres humains vivant une expérience spirituelle… Nous sommes des Êtres spirituels vivant une expérience humaine» (Pierre Teilhard de Chardin)

L’énergie Qi, de l’être intérieur à l’être global.

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L’essentiel de nos fonctions physiologiques échappent à notre conscience. Les processus vitaux se déploient dans notre organisme à différents niveaux d’organisation allant des atomes, aux protéines, aux cellules et aux organes. Nos organismes fonctionnent aussi grâce à leur environnement qui leur fournit nourriture et énergie. Notre conscience sert avant tout à évoluer dans cet environnement pour la recherche de nourriture, de sécurité et de rapports sociaux. La culture est une retombée collatérale de ces besoins élémentaires. Des formes de conscience existent aux différents niveaux de ces organisations. La séparation de ces consciences en des architectures imbriquées est une exigence fonctionnelle. Un organisme ne pourrait pas fonctionner si une conscience centrale devait régenter chacune de ses centaines de milliards de cellules.  

Le moi d’une personne est constitué de la partie dont il a conscience sur laquelle il peut agir,  d’un être intérieur et d’un être extérieur sur lesquels ses possibilités d’action sont très limitées. Le moi conscient possède des capacités limitées pour réguler ces trois niveaux qui le constituent que sont l’être intérieur, le moi conscient lui-même et le monde extérieur.

La régulation du corps conscient c’est la vie de tous les jours : se nourrir, bouger, parler, voir, écouter, etc. L’individu est relativement maître de cette régulation.

La régulation de l’être extérieur repose sur la manière avec laquelle l’individu interagit avec son environnement par son travail, ses rapports sociaux, ses interactions avec la nature, son champ culturel, son espèce animale. Cette régulation est partiellement visible et caractérisable pour chaque individu.

La régulation de l’être intérieur semble plus difficile à circonscrire et c’est plutôt l’être intérieur qui régule l’être conscient par des signaux de bien-être, de faim, de malaise, de mal être, de douleur ou des maladies.

Cet être intérieur est aussi tributaire de l’être conscient. C’est ce dernier qui approvisionne  l’énergie nécessaire au fonctionnement de l’organisme, qui en assure la protection contre le froid, qui en assure l’hygiène ou la reproduction de l’espèce. L’action consciente de la personne est grandement responsable de son état de santé.

L’être intérieur régule la santé de l’organisme. Il agit sur le physiologique et sur le mental. Il semble que l’organisme dans son ensemble, et non seulement le cerveau, possède des capacités cognitives constituées de captation d’informations, de mémoire, de gestion d’informations et d’action sur le physiologique. Ces capacités cognitives internes fonctionnent à l’insu de notre conscience. Elles se manifestent spécifiquement par des actions physiologiques, comme les pulsions, la faim ou la douleur.

L’être conscient n’est pas entièrement esclave de l’être intérieur ou extérieur. L’éducation, le respect des codes moraux et sociaux contribuent à maîtriser les pulsions de violences, d’égoïsme ou sexuelles de l’être intérieur. Par sa responsabilité citoyenne l’individu peut contribuer à faire évoluer l’environnement social.

L’harmonie du corps, de l’esprit et de la société est le maître mot des philosophies orientales. L’harmonie entre le corps et l’esprit peut être recherchée à travers les pratiques de méditations et religieuses ; elle est tributaire de l’hygiène physique et mentale et du bien-être social. L’harmonie sociale est tributaire des institutions étatiques et religieuses ainsi que les codes éthiques. Ces harmonies sont des idéaux jamais atteints.

L’harmonie souffrira toujours de maladies individuelles ou collectives, de l’inégalité entre les humains. Les dysfonctionnements traduisent la fragilité qui stimule l’intelligence du monde.

Les inégalités semblent utiles, éventuellement nécessaires, au maintien de la dynamique sociale. Il faut cependant qu’elles restent limitées, qu’elles ne constituent pas une fatalité pour les individus. Il faudrait qu’elles restent acceptables en raison de l’autorité morale et non de la violence du pouvoir (l’autoritas et non la potestas) des favorisés.

 

L’harmonie d’un organisme individuel ou social ou de la synergie d’une multitude d’organismes semble relever de l’intégration de plusieurs fonctionnalités représentées de manière métaphoriques par les sept chakras de la philosophie orientales. Ces fonctionnalités, pour rappel, sont : la terre (le substrat), la nourriture (la transformation de l’énergie), la régulation de l’organisme, l’empathie, la parole (l’action de l’organisme sur l’environnement), la raison, la transcendance. Ces fonctionnalités animent l’être intérieur, l’être conscient et l’être extérieur. Elles sont les constituants fondamentaux de l’élan vital ou de l’énergie Qi de la philosophie orientale qui animent l’ensemble de la création.

L’énergie des physiciens, qui s’exprime en joules, n’est sans doute qu’une partie de la nature profonde de l’énergie Qi. Celle-ci anime l’ensemble des fonctionnalités symbolisées par les chakras. La physique permet de formaliser les deux premières fonctionnalités relatives à la matière et à la transformation de l’énergie. Les cinq autres fonctionnalités allant de la régulation à la transcendance ne sont que partiellement saisissables par notre conscience. Ce sont des fonctionnalités émergentes du Qi.

 

L’énergie Qi symbolise l’unité profonde à toutes les échelles de taille, de temps, d’organisation et de fonctionnalité de la création.

Métaphore et altérité

17 09 2013

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La métaphore, selon les dictionnaires et Wikipédia, est une figure de style fondée sur l’analogie qui associe un être, un objet, une idée, un fait à d’autres appartenant à un domaine sémantique différent. Elle enrichit, rend plus complexe, construit ainsi le sens du signifiant. Elle participe aux mécanismes d’autogenèse du langage. Nous utilisons, même sans plus nous en apercevoir, des métaphores dans le langage courant : les bras du fauteuil, le roi de la jungle, l’âge d’or, rire jaune, etc. Avec l’usage, les métaphores ont engendré les sens multiples des mots : la poule mouillée, l’objectif, le fruit, la graine, le ciel, l’échelle, saisir, etc. La plupart des mots du dictionnaire ont ainsi acquis plusieurs sens et définitions. La métaphore peut prendre l’aspect d’un récit complet : les paraboles, les mythes, les contes et légendes. Les sciences s’appuient également sur des récits ou locutions métaphoriques : les nombres imaginaires, le big bang, le chat de Schrödinger, le diable de Maxwell, la réflexion, la circulation sanguine, l’influx nerveux, l’écoulement du temps, les dimensions de l’espace, etc. La physique et les mathématiques utilisent des métaphores fort éloignées du sens premier pour exprimer des concepts nouveaux ; en mathématique : les corps, les anneaux, les groupes, les moyennes, les nombres premiers, les nombres imaginaires ; en physique : les spins, les charges électriques, les saveurs, les couleurs, les quarks, etc.

L’ensemble du système cognitif humain, y compris l’inconscient et le rêve, s’appuient sur des  métaphores.

Les représentations mentales de la réalité et la mémorisation des informations ont recours à des métaphores. Les figures géométriques servent souvent de métaphores : la pyramide des âges ou des hiérarchies sociales, les structures fractales et arborescentes, la ligne droite ou courbe des routes ou des architectures, les cercles d’amis, les cercles vicieux ou vertueux, etc. Des objets des animaux, des personnages symbolisent des caractéristiques : dur comme le roc, bête comme un âne, fier comme Artaban. Ainsi au fond de nos mémoires, les choses et les faits sont stockés non pas individuellement mais sous forme de réseaux métaphoriques. Une idée en appelle une autre grâce aux liens métaphoriques.

Les rêves sont souvent difficiles à mémoriser car ils échappent largement à la rationalité habituelle et correspondent à des errements du cerveau de métaphore en métaphore.

Les sentiments et les sensations font appel à des métaphores pour s’exprimer. La peur bleue, la haine mortelle, l’amour ou le désir fous, la vengeance froide, la canicule (chaleur de chien), le froid de canard.

Les idéologies religieuses et politiques sont fondées sur des récits métaphoriques ainsi que souvent sur des simples locutions métaphoriques. Le propre des idéologies est d’instrumentaliser et d’imposer des métaphores comme des dogmes et des vérités intangibles : Dieu le père, le chef suprême, la parole de Dieu, la volonté du peuple, le sang des martyrs, le peuple élu, la nation, l’histoire glorieuse de la nation, etc. Ces métaphores portées au rang d’idéologies permettent de construire des empires, des villes, des temples et des palais. Elles structurent également les consciences individuelles, en leur fournissant un cadre de réflexions, une place dans l’ordre social, un sens à la vie.

La métaphore, comme rencontre d’éléments appartenant à des univers sémantiques distincts, n’est pas propre aux langages et aux langues. Cette rencontre avec l’altérité construit le sens dans bien des domaines. Les dualités sont omniprésentes et inséparables dans la matière, dans le vivant ou dans les organisations d’origines humaines. Pour la matière, la science a mis en évidence les dualités ondes-particules, matière-énergie, les phases de la matière, les cycles de la matière. La dualité esprit –matière existe probablement à tous les niveaux de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Pour le vivant on parle aussi de dualités esprit-matière, cerveau et conscience, organe et organisme, individu et espèce, le langage et la pensée. Pour les institutions humaines, les dualités s’expriment en termes de personnes et de collectivité, de corps social, de normes et de liberté, de paix et de conflit, de gouvernance et de liberté, de progrès et de stabilité, la science et la technique. En politique, la démocratie s’appuie sur des rapprochements et des séparations de grands principes comme la liberté, l’égalité, la fraternité  ou encore des pouvoirs législatifs et exécutifs. La philosophie des sciences appelle à la fois au rapprochement et à la séparation de la spiritualité, de la science et de la politique. Il s’agit de métaphores fonctionnelles où l’altérité proche et lointaine à la fois est nécessaire au fonctionnement et à l’évolution de l’ensemble.

Dans la métaphore, chaque terme conserve une identité propre, leur rapprochement fait émerger un sens nouveau et parfois la beauté comme par exemple dans l’art du Gandhara.

Chakras du cosmos

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Chakras du cosmos

 De la matière à la transcendance

 juillet 2013

Plusieurs articles ont été consacrés précédemment à ma conception des chakras. Dans ma représentation il s’agit de sept points symboliques, n’ayant pas nécessairement de réalité fonctionnelle physiologique, répartis depuis le bas de l’abdomen jusqu’au sommet du crâne. Ils servent de repères pour la fixation de l’attention au cours de la méditation sur les grandes fonctionnalités de l’Etre dans le cosmos. Celles-ci conduisent l’Etre de la minéralité à la transcendance en passant par de multiples formes de la matière et par de multiples modes de régulation et d’interactions avec l’environnement. Ces fonctionnalités sont en résumé les suivantes.

–        La matière, le sacrum

–        La nourriture, les intestins

–        La régulation, le plexus

–        L’empathie, le cœur

–        La participation au monde, la gorge

–        La raison, le cerveau

–        La transcendance, le sommet du crâne

Ces sept fonctionnalités sont en fait intriquées, interconnectées et inter-agissantes. Chaque fonctionnalité contient les autres, à la manière fractale. C’est ce que je vais tenter d’illustrer.

La matière

Différents modes d’Etre sont à l’œuvre dans la nature : la matière minérale, le vivant, l’esprit. La technologie, les œuvres, les concepts et les organisations  humaines, que j’appellerai les artéfacts humains, constituent un nouveau type d’organisation de la matière et de l’esprit. Chacun type existe et évolue à différentes échelles de tailles, de temps et d’organisation.

Le minéral connu se déploie de la taille des particules élémentaires à l’univers entier sur une centaine d’échelles de grandeurs. La temporalité des phénomènes mis en jeu connait des échelles de grandeurs analogues. Aux extrémités de ces échelles, les zéros et les infinis de l’espace, de la matière ou du temps posent des problèmes insolubles à l’intelligence humaine. Sont-ce de simples inventions des l’esprit ou de réalités concrètes ? A part les nommer, l’esprit humain est-il en mesure de connaître le zéro ou l’infini ?

Les modes de fonctionnements de la matière sont dépendants du type, de la taille et de la temporalité. Les avancées scientifiques en révèlent la complexité. La matière est soumise à des champs (gravitationnels, électromagnétiques, nucléaires, faibles), elle se présente sous forme d’énergie, d’ondes, d’objets contondants. Elle peut se structurer sous différentes phases (solides, liquides ou gazeuses), sous formes de cristaux, de structures géologiques, de systèmes planétaires ou galactiques, d’étoiles incandescentes, mais aussi de vivant.

Le vivant, à ce jour, n’a été identifié que sur la planète terre. Vu la taille de l’univers et ses centaines de milliards de milliard d’étoiles, il serait surprenant que la vie n’existe pas ailleurs à d’utres échelles de tailles ou de temporalité. Sur terre le vivant est un mode particulier émergeant de la chimie du carbone. Il se déploie de la taille du microorganisme à l’écosystème dans son ensemble. La frontière entre le vivant et le minéral ne semble pas nette au niveau microscopique. Les temporalités du vivant vont de celles des métabolismes physiologiques à la durée de vie des individus, des espèces et à celle du vivant dans son ensemble.

L’esprit est la part immatérielle qui préside au fonctionnement du cosmos dans ses dimensions minérales et vivantes. Il semble difficile de le caractériser entièrement. Il appartient à une dimension parallèle à celle de la réalité matérielle tout en interagissant avec elle. Cette part immatérielle est constituée de raison, de procédure, de lois de la nature, d’empathie, de mémoire, de champ des possibles, de hasard. Elle ordonne et fait évoluer la matière et le vivant.

Les temporalités des phénomènes, matière, vivant, esprit, artéfacts humains, sont imbriquées. Elles connaissent des cycles notamment de structuration et de déstructuration. En fonction de la taille et de la complexification, il apparait des ordres émergents accompagnés de modes de dépendance entre l’ordre émergent et les ordres sous-jacents. Le fonctionnement du soleil est dépendant de celui de l’atome d’hydrogène. L’émergence de la vie est dépendante du carbone fabriqué dans les étoiles. 

La matière sous les formes indiquées existe et évolue avec et grâce aux six autres fonctionnalités. Elle se nourrit en absorbant, en partageant, en transformant et en rejetant de la matière, de l’énergie et de l’information. Elle est régulée par des processus spécifiques à chaque niveau d’organisation. L’empathie semble jouer un rôle même au niveau du minéral sous forme d’attraction et de répulsion, de beauté, d’ordre géométrique. Chaque objet du cosmos de l’infiniment petit à l’infiniment grand « dit » quelque chose et contribue au reste. Chaque objet est régi par des raisons, par des logiques spécifiques. Il est ainsi mis au service d’une transcendance qui souvent lui échappe.

La nourriture

Le flux d’énergie et d’information à travers la matière structurée semble un phénomène universel. Pour le vivant cela est évident, les plantes, les animaux se nourrissent de matière sous forme solide, liquide, gazeuse et lumineuse. Ils reçoivent de l’énergie et des informations qu’ils transforment et rejettent pour servir de nourriture à d’autres espèces. Le cycle de nourriture du vivant sur terre est fermé et fonctionne depuis l’apparition de la vie. Dieu n’a pas seulement dit : « aimez-vous les uns les autres », mais aussi : « mangez-vous les uns les autres ». La matière inerte connait également des cycles. Sur terre, il s’agit des cycles de l’eau, du carbone, de la tectonique, du volcanisme. Au niveau cosmique, il s’agit de la fabrication d’atomes, des transferts de matière et d’énergie par les étoiles, les poussières, les rayons cosmiques.

Dans le domaine de l’esprit chaque être reçoit, transforme et restitue en permanence des informations.

Toutes ces formes de nourriture intègrent des aspects des fonctionnalités des chakras mentionnées. Elles participent à la régulation des systèmes. Elles manifestent les dépendances réciproques dans le  cosmos. Elles permettent à chaque acteur d’apporter sa contribution à l’ensemble. Elles relèvent de raisons spécifiques. Plusieurs religions associent des rites sacrés à la nourriture indiquant la transcendance.

La régulation

Toute matière, toute vie, tout processus cognitif sont soumis à des processus de régulation assurant l’équilibre entre des contraires et l’homéostasie permettant la survie du système pendant un certain temps. Cette régulation intervient dans la phase de développement, puis dans la phase de stabilité relative et dans le déclin de l’Etre. L’Etre représente en fait une phase de stabilité relative momentanée d’un ordre émergent. Il en est ainsi des galaxies, du système solaire, des configurations géologiques, de l’écosystème, de l’individu vivant, de la culture humaine, des sentiments, des dieux, qui naissent, grandissent et disparaissent avec des logiques et des temporalités spécifiques.

Les processus de régulation sont complexes, non linéaires, imbriqués, spécifiques à chaque système. Ils constituent un méta-ordre.

L’organisme vivant fonctionne grâce à plusieurs mécanismes agissant en parallèle. Ainsi la plupart des métabolismes de notre organisme échappe à notre conscience. Mais notre conscience est indispensable à notre survie et à celle de l’espèce pour la recherche de nourriture, pour la sécurité, pour la reproduction.

L’empathie

L’empathie, c’est-à-dire, l’attirance, la répulsion, l’amour, la haine, la capacité de penser l’altérité n’est pas le propre de l’homme, selon mon hypothèse. Elle participe sous de nombreuses formes à la régulation du monde. Il parait peut-être excessif de parler d’empathie dans le cas de l’attraction universelle qui préside aux mouvements des planètes ou des champs qui assurent la stabilité de la matière. Pourtant toute régulation est affaire d’attraction et de répulsion et d’équilibre entre les deux. Selon les physiciens, si le rapport des forces d’attraction gravitationnelle et de répulsion électromagnétique était différent à la quinzième décimale, l’univers serait ou entièrement dilué ou entièrement ratatiné.

La couleur des cristaux, des plantes, la beauté des paysages, des formes géométriques ont existé en dehors du regard humain. Nous ne savons pas grand-chose du rôle de la beauté dans la nature considérée comme non humaine voire inerte.

Les systèmes transforment et échangent leur nourriture également sous forme d’empathie.

L’empathie constitue un système d’échange spécifique. Elle fait appel à l’amour, à la séduction, au don gratuit. Elle constitue le lien profond qui donne sa cohérence et son sens au monde. Elle est instrument de régulation du psychisme individuel comme des identités collectives, de l’ordre social et des pouvoir qui régissent ceux-ci.

La participation au monde

Chaque Etre dans l’univers est dépendant de l’ensemble des autres. La multiplicité des êtres, fait que l’univers n’est dépendant d’aucun d’eux en particulier. La nature s’appuie sur la multiplication à l’infini des atomes, des êtres. Cette multiplicité assure la redondance et la robustesse des systèmes. Elle favorise aussi les rencontres avec l’altérité et donc les combinaisons utiles à l’exploration du champ des possibles. Chaque être au cours de son existence apporte une pierre à l’édifice de la création et y trouve ainsi sa place.

 

La raison

Un système cognitif permet une représentation du monde matériel dans une dimension immatérielle. Les deux mondes fonctionnent de manières quasi similaires. Cela permet notamment de représenter mathématiquement certains phénomènes naturels ou de fabriquer des objets technologiques qui fonctionnent. Le moteur électrique est la preuve de la justesse, du moins à une certaine échelle, de la théorie électromagnétique.

Les raisons sont multiples et sont spécifiques aux échelles de tailles, de temps et d’organisation de la matière ou de l’esprit. Les atomes, les molécules, les astres, les êtres vivants, les cerveaux, les machines, les savoirs d’origines humaines ont tous des modes spécifiques de fonctionnements logiques. La raison détermine les modes de régulation des systèmes.

Les méta-raisons intègrent différentes raisons qui peuvent être complémentaires ou antagonistes. Les intérêts individuels et collectifs souvent antagonistes à une échelle de temps ou d’organisation donnée. La méta-raison a aussi fait dire à Pascal que « le cœur a ses raisons que la raison ignore ».

La transcendance

La transcendance relève du métalangage et du sens des choses. Il ne semble pas sûr que l’homme soit le seul être à savoir qu’il sait (ou qu’il ne sait pas) ou à pouvoir imaginer ce que l’autre pense. Les animaux se protègent contre les prédateurs ou déjouent les stratégies de protection de leurs proies en intégrant dans leurs comportements ceux des autres.

Les humains ont probablement inventé les dieux face à l’angoisse générée par l’abyme infini des interrogations induites par le méta-savoir. Ces dieux sont aussi des artéfacts qui servent à structurer le monde matériel.

La transcendance est souvent instrumentalisée par des pouvoirs, politiques, religieux, sociétaux ou intellectuels. Même les pires barbaries dans l’histoire ont été justifiées par des objectifs transcendants.

La matière dans son exploration du champ des possibles, qui permet de structurer le cosmos, la terre, le vivant, semble poursuivre une finalité, ce que nient les scientifiques purs et durs. Les complexions viables dans le champ des possibles relèvent de la transcendance. C’est un ordre au-dessus de l’ordre des choses qui dit que cette complexion est possible et viable. La nature profonde de ce méta-ordre du champ des possibles m’échappe. Tout comme le néant ou l’infini, je peux le nommer sans connaitre le pourquoi profond de la cohérence du monde.

L’éthique relève à la fois des mécanismes de régulation à long termes des sociétés humaines et de la transcendance. Elle est à la fois utilitaire et une valeur en soi.

La transcendance nous invite à la modestie, car elle relève de l’infini que notre cerveau est incapable d’appréhender.

 

Modèle de pensée

 

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 28/6/2013

 Le cerveau humain contient 100 milliards de neurones avec chacun dix mille connexions soit 10^^15 connexions environ. Les algorithmes qui orchestrent les opérations cognitives, les échanges entre les neurones, à la base de la mémoire, de l’apprentissage, du raisonnement, de la conscience et des sentiments ne sont que très partiellement connus. L’ensemble des autres cellules et organes du corps intervient également dans ces algorithmes. Les liens du corps et de l’esprit sont reconnus depuis longtemps à défaut d’être connus. L’environnement naturel et social intervient également dans les algorithmes cognitifs.

L’essentiel de ces 10^^15 connexions neuronales et des connexions avec le reste du corps et du monde se met en place dans les trois premières années de la vie par l’apprentissage de l’environnement et la maturation intrinsèque de l’organisme. Trois ans représentent 10^^8 secondes, de sorte que 10^^7 (dix millions) connexions se mettent en place chaque seconde dans la tête d’un bébé !

En supposant que nous pensons à l’échelle de temps de la seconde, on pourrait estimer qu’une opération cognitive élémentaire implique quelque cent mille connexions, reliant quelques centaines de neurones. Les nombreuses et complexes informations d’une opération cognitive ne sont pas stockées dans les neurones, mais dans les flux multiples de signaux transmis dans les connexions, selon une logique algorithmique que personnellement je ne connais pas. Les systèmes neuronaux des informaticiens en sont sans doute l’ébauche.

La conscience, immatérielle par nature, est un ordre émergeant des flux de signaux relativement immatériels entre des neurones, eux, tout à fait matériels.

Ces processus cognitifs servent à représenter de manière immatérielle la réalité matérielle du monde. Ils permettent aussi d’inventer des concepts ou des objets technologiques qui ne préexistent pas dans la nature.

La modélisation du monde semble toujours partielle puisqu’elle se situe dans des échelles de temps, d’espace et d’organisation données et limitées. Mais elle est pertinente et efficace lorsqu’elle permet d’agir sur le monde et que les techniques, qui en sont issues, fonctionnent.

Le processus d’acquisition de savoirs nécessaires à la modélisation d’un phénomène donné consiste à sélectionner des informations dans le foisonnement du paysage offert aux sens, donc à en éliminer la plupart, ensuite à les mettre en rapport avec des informations préexistantes en construisant de nouveaux flux. Les souvenirs, le langage, les modes de raisonnements, les valeurs morales, les fonctionnements psychologiques sont ainsi stockés en s’appelant les uns les autres de proche en proche. Certaines zones du cerveau sont plus ou moins préférentiellement impliquées selon les processus ( langage, reconnaissance des formes, raisonnements, sentiments). Cependant le reste de l’organisme y contribue également. Les métabolismes de régulation du corps, bien qu’échappant à la conscience, relèvent de processus cognitifs plus complexe que de simples mécanismes.

Les bien-être ou mal-être physiques et mentaux sont corrélés.

Les processus cognitifs sont imbriqués en différents niveaux d’organisation à différentes échelles de tailles et de temps. Chacun des niveaux d’organisation, si tant est qu’ils soient différenciables, comporte des propriétés émergeantes différentes de la somme des propriétés des niveaux inférieurs. Il existe des logiques de traitement des informations moléculaires, synaptiques, neuronales, du cerveau, de l’organisme, de la société humaine, des civilisations. Tous ces niveaux fonctionnent avec des algorithmes différents avec des échelles de temps propres. Chaque niveau se crée sur des socles matériels générés par les niveaux inférieurs. L’intrication des niveaux d’organisation est issue de leur co-évolution, de sorte qu’un ne peut pas savoir lequel a fabriqué l’autre, comme dans le cas de l’œuf et de la poule. Le neurone a co-évolué avec les synapses, tout comme la civilisation avec la technologie.

Il faut pas conjecturer la nécessité d’une intelligence parallèle à cette intelligence des processus cognitifs pour en assurer la réalisation. Une des principales caractéristiques de l’intelligence est d’être réflexive, c’est-à-dire possédant la capacité de se penser soi-même, voire de s’auto-générer. Mais le processus a bien dû être lancé un jour. On revient au problème de l’œuf et de la poule. Quelque soit le processus, il faut un méta-processus au moins au départ.

Le départ, le moment zéro, n’existe peut-être pas pour de nombreux processus. On peut douter du big bang qui constituerait le temps zéro. L’origine des langues est paradoxale. A partir de quand des sons constituent-ils une langue ? A partir de combien, des grains de sable forment-ils un tas ?

Les processus cognitifs  semblent ainsi relever de structures aux contours flous quant à leurs origines, aux mécanismes mis en jeu dans leur genèse et leur fonctionnement.